image presentation 2010 Ils ne peuvent pas me tuer comme Olympio. Alors, ils ont cherché un autre moyen de m’éliminer. Ce n’est pas fini ! Le peuple togolais n’acceptera pas cela. Et moi non plus. 

Ouest France - Kofi Yamgnane en campagne pour diriger le Togo

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Kofi Yamgnane brigue la présidencedu Togo, son pays natal. Quelques semaines avant l’élection, le 28 février, reportage dans les villages.

Après trente ans de carrière politiqueen France où il fut maire de Saint-Coulitz, député du Finistère et secrétaire d’État, Kofi Yamgnane brigue la présidencedu Togo, son pays natal. Quelques semaines avant l’élection, le 28 février, reportage dans les villages.

Notsé. De notre envoyé spécial

7 h. C’est l’aube à Lomé, capitale du Togo. Un 4x4 climatisé et un pick-up blanc s’élancent sur le boulevard de la Kara. Au volant, Théo, le chauffeur, est un voisin et l’ami de Kofi Yamgnane. À la place du passager, le responsable de la sécurité. À l’arrière, Kofi Yamgnane et son aide de camp, Kpeli.

La ville commence à s’animer. Kofi Yamgnane se désole. « Regardez cette route qui traverse le pays. Elle est parfois défoncée, les gens marchent sur les bas-côtés sableux, les villages ne sont pas signalés par des panneaux. » Il rêve d’en faire une « vraie » voie express. Le paysage défile par la fenêtre, la végétation est étonnamment verte. « C’est un peu comme la Bretagne, assure le candidat. Et encore, c’est la saison sèche. » Des baobabs ponctuent cette savane à peine vallonnée.

Objectif de la journée : cinq réunions de quartiers à Notsé, ville de 15 000 habitants. « On fait comme aux cantonales de Châteaulin en 1994. Du porte-à-porte, pour voir tout le monde. On se fixait quatre villages par jour et on a gagné ! Mais à côté du Togo, les campagnes finistériennes, c’est de la rigolade ! » La dernière fois qu’il était venu à Notsé, un préfet avait dispersé la réunion à coups de matraque. L’ancien secrétaire d’État (sous Mitterrand), qui se fait appeler « ministre » ici, avait protesté et obtenu son limogeage.

Premier arrêt. Un comité de soutien, neuf hommes et deux femmes, embarque avec le convoi. « Nous sommes au chômage, parce que nous ne voulons pas adhérer au Rassemblement du peuple togolais (le RPT dirige le pays), indique un des hommes. Nous voulons la paix et le développement, pouvoir choisir librement notre parti. »

Deuxième arrêt chez le préfet. Kofi Yamgnane sort la lettre du ministre de l’Intérieur qui l’autorise à tenir des réunions. Ça fait sérieux. Après un autre détour par la gendarmerie, l’équipe du candidat indépendant arrive sur la place du premier quartier. La réunion se déroule sous une tonnelle de branchages. Des chefs locaux attendent à l’ombre, en tenue de cérémonie. « Personne n’a jamais fait ça avant moi, ici. Il n’y avait pas de campagne électorale. C’est la première fois qu’ils voient un candidat leur parler. »

Après les saluts rituels, on respecte les protocoles en ne s’adressant pas directement au chef, mais à son porte-parole. Kofi Yamgnane s’assoit et regarde Innocent chauffer la salle. Ce jeune animateur de Lomé est devenu le pivot de sa campagne. Il ne parle qu’en ewé, le dialecte le plus répandu des 36 langues togolaises.

Pourquoi a-t-il suivi l’ancien élu français ? « Je voulais le changement depuis longtemps. À chaque fois, on nous tabasse, on nous traite comme des chiens. » En 2005, le soir du dernier scrutin, il a failli mourir, dit-il, sous les tirs des hommes du RPT. Alors, quand il lance « 2010, ça-doit-chan-ger », il est très convaincant.

Entre chaque traduction, Kofi Yamgnane prend la parole. « Vous avez peur. On ne construit pas un pays sur la peur. Vous êtes libres. Vous pouvez voter pour qui vous voulez. » Il va près des gens, à un mètre du premier rang, hurle, se penche vers eux, les montre du doigt. Décrit leur vie de victimes. Démonte le régime en place, avec des formules qui font mouche.

« Depuis 43 ans, on a une équipe qui ne veut pas passer le ballon. C’est pour ça qu’elle ne marque pas de but. Que vous n’avez pas l’eau potable, pas l’électricité, pas d’école, pas d’hôpitaux, pas d’assainissement, pas de route. » Applaudissements. Le chef éclate de rire devant la parabole. Dans le public, Komla, 35 ans, pasteur protestant, apprécie : « Il parle bien, il a ses chances. Il va nous aider. »

Les électeurs togolais se montrent aussi critiques. Pourquoi a-t-il abandonné le Togo pendant trente ans ? Innocent répond : « De France, il prenait toujours position sur ce qui se passait, envoyait des livres aux écoles. » Pourquoi n’a-t-il pas construit de maison ici ? Kofi Yamgnane : « Ce que je bâtis, c’est cela, maintenant, avec vous. »

Sur les coups de midi, le thermomètre affiche 45°. Pas le temps pour un repas, seulement quelques bananes proposées par des femmes qui les portent sur leur tête. Le marathon s’achève à 16 h 30, dans un des rares hôtels du coin. « On ne voudrait pas que ça se passe comme la dernière fois, explique Abdalo Yao, un ancien réparateur de machines. Nous avions milité pour l’UFC, le parti de Gilcrist Olympio. Après les élections, il n’était plus joignable. » Cet opposant dit aussi avoir été pris pour cible, « comme un lapin », le soir de la dernière élection.

18 h, cap sur Lomé, à tombeau ouvert. L’ancien député, âgé aujourd’hui de 64 ans, essaie de rallier tous les opposants à l’actuel président Faure Gnassingbé pour le scrutin à un tour. Il forme ses 12 000 militants à surveiller un dépouillement. La campagne officielle ne durera que quinze jours. Celle de Kofi Yamgnane ressemble déjà à un double marathon. « C’est exaltant. Ici, il y a tout à construire. »

Philippe ATTARD. OUEST FRANCE 10 janvier 2010

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