vendredi 7 juin 2019

TOGO : SORTIR DE L'ESCLAVAGISME MENTAL VOLONTAIRE



Lors de mon dernier séjour au Togo, j’ai été stupéfait de remarquer avec quel prosélytisme et avec quelle rapidité se sont installés dans mon pays des charlatans de toutes provenances: évangélistes, imams, gourous, sectes diverses avec toutes leurs dérives, pasteurs et toutes sortes de sorciers…invitant les Togolais à prier plutôt qu'à se battre pour se sortir de leur situation, abusant sans vergogne de la misère de tout un peuple. 
Au cours de mes tournées, j'ai en effet découvert avec écœurement que pendant que les écoles, les collèges, les lycées et même les universités croupissent dans la misère, installés sous des paillotes de fortune improvisées par les parents d'élèves... des temples, églises, mosquées flambant neuf poussent en pleine brousse, construits « en dur » et même pour la plupart, équipés de groupes électrogènes autonomes et... climatisés. 
Tout cela se passe sous le regard complice ou plutôt même encourageant du pouvoir politique qui n'attendait pas tant pour asseoir encore davantage sa domination.
Comment expliquer à mes compatriotes que la foi en un Dieu ne peut pas remplacer l’action soutenue et guidée par la volonté de trouver d’abord une solution humaine à des problèmes éminemment humains?
Comment leur faire comprendre que soumission et dogmatisme ne sont que les deux faces de la même médaille qui s'appelle aliénation? 
Comment les persuader que leur libération ne peut être que leur propre œuvre et que partout dans ce vaste monde, les dictatures n'ont été vaincues que par les hommes et eux seuls, même en l’absence de Dieu et quelquefois même contre « sa volonté », comme ont toujours insinué les puissants qui ont, sans relâche et partout, soumis et exploité les misérables en son nom? 
J'en connais un qui a chassé les marchands du temple pour bien moins que ça...

C’est ici chez moi, au Togo, que j’ai compris le vrai sens de la fameuse formule de Karl Marx: « …la religion est l’opium du peuple… », ainsi que la réelle signification du fameux hymne britannique: « God save the Queen... »!
Que l’on ne se méprenne pas sur ma pensée: je n’ai jamais empêché qui que ce soit de croire en ce qui lui plaît, ni imposé aucun dogme à personne.
Pour ma part, je ne suis pas un croyant dogmatique et encore moins une grenouille-de-bénitier ; je n'ai pas la « Foi » au sens d'affiliation à une religion donnée. 
J'ai beaucoup de respect, de considération et d'admiration même pour ceux qui ont la foi, parce qu'ils ont ce plus qui est la relation singulière qu'elle leur donne avec la connaissance, l'humilité, le sens de leur « limite » d'homme... 
Je ne suis pas pour autant un athée bouffe-curés, ni même un agnostique... 
Mais peut-être plus prosaïquement juste un déiste cosmopolitequi accepte les enseignements des différentes religions. Ma très longue pratique de la politique, jalonnée de tolérance et de compréhension, plaide largement pour ce que je suis... 
Je crois (la croyance n'est pas la Foi!) seulement en une puissance universelle présente dans le cosmos et qui maintient sa cohésion: en cela, je suis profondément l’Africain que je n’ai jamais cessé d’être... 
Je veux seulement insister sur le fait que la foi ne peut pas remplacer le combat politique, même si elle peut parfois en être le ferment, pour les croyants notamment. 
Je veux donc demander aux Togolais de s’investir massivement et volontairement dans la politique de notre pays. 
Je veux qu’ensemble, on «torde définitivement le cou» à ce préjugé plus tenace au Togo qu’ailleurs, selon lequel la politique ne serait réservée qu'aux escrocs et aux menteurs, aux crapules, aux charlatans qui, depuis des décennies, répriment les Togolais en tuant dans l’œuf toute aspiration au cartésianisme et à la liberté. 
Je veux que les Togolais sachent que tout cela ne relève aucunement ni de la fatalité, ni de la malédiction et que des « braves gens » doivent assiéger la citadelle de la politique, qui soutenu par sa foi, qui par ses convictions idéologiques, qui par sa volonté de changement.
C'est là et seulement là que se trouve la voie de l'alternance politique.

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