dimanche 13 août 2017

LA TRAHISON DES ELITES ET LE REGNE DE L’IGNORANCE.




Dans la société togolaise, les ressentiments grandissent et l’impatience de briser les frontières des injustices sociales et de la misère devient de plus en plus vive. Cela finira par l’explosion sociale, si les intellectuels tarés au service du pouvoir et les politiciens sans conscience continuent leur jeu criminel et cynique. L’irritation grandissante dans la population, à cause des exclusions, de la corruption, de l’inhumaine et abjecte pauvreté... etc... planifiées et entretenues par la gouvernance encanaillée de la minorité, va conduire inévitablement à des soubresauts sociaux, à moins qu’une force organisée ne mette avant un terme à la présente situation anxiogène et glauque dans le pays.
Ceux, qui ont fraudé et tué pour usurper le pouvoir, cherchent à le conserver coûte que coûte. Ils sont outrecuidants et arrivent à manipuler les prétendus opposants, qui leur avaient donné de la respectabilité et de la représentativité en signant avec eux l’Accord Politique Globale (APG). En retour, ils leur cèdent quelques prébendes par l’augmentation abusive de leurs rémunérations à l’Assemblée nationale et à la présidence des commissions parlementaires, par des voyages d’accompagnement à l’étranger et des frais de mission, par des nominations dans les conseils d’administration dans les sociétés publiques... etc.
Le temps est venu pour éveiller les consciences et pour la modification des règles du jeu politique et social. Il n’est plus acceptable qu’une minorité se considère comme la majorité politique et donc sociale et s’accapare de tous les postes essentiels de l’Etat pour régenter la société. Pour atténuer les effets pervers d’une telle anomalie et injustice, les concepteurs de la gouvernance démocratique avaient proposé la limitation des mandats présidentiels à deux et pour une meilleure et plus large représentativité les élections à deux tours. Si cela arrive à fonctionner plus ou moins bien dans les pays ayant été colonisateurs et ayant atteint des seuils d’industrialisation, de développement éducatif, social et culturel convenables, ces pratiques sont des poisons pour les pays pauvres dont les populations sont peu éduquées et dont les élites sont conditionnées, paillardes, bambocheuses et des potentats par tradition.
En conséquence, les règles du jeu démocratique, considérées jusqu’à présent comme équitables, légitimes et acceptées sans réticence, en dehors de la Chine principalement, et servant de conditions établies pour le choix des dirigeants politiques, sont devenues caduques et favorisent des violences, des instabilités, des divisions et des retards économiques dans nos sociétés pauvres et endettées. Après chaque élection et suite à des fraudes et à des violences de toutes sortes, les plus pervers arrivent à contrôler l’appareil de l’Etat, à se servir de ses moyens pour dominer les autres citoyens et pour s’enrichir. Ils marginalisent les opposants et jouissent impudemment et avec effronterie de tous les avantages du pouvoir. Ils achètent misérablement les consciences d’une partie de la population dont ils se servent pour perpétuer leur domination et pour renforcer les injustices sociales, la misère, les intolérances et l’ignorance.
Que les donneurs de leçon de démocratie sachent qu’aucune société n’a jamais prospéré dans l’ignorance de la majorité de sa population et dans la misère ambiante. Barack Obama s’était royalement trompé sur sa déclaration suivante : «L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais des institutions fortes. ». Il n’y a que les hommes forts qui bâtissent les institutions fortes et qui leur donnent la vie avant de disparaître. Le Général Charles DE GAULLE en France était-il un homme faible ? François MITTERRAND ne l’avait-il pas traité de dictateur et n’avait-il pas écrit son livre intitulé le coup d’état permanent avant d’exercer deux mandats cumulés de 14 ans en se drapant dans cette constitution de la 5è République ? Le Président ROOSEVELT n’avait-il pas nationalisé les banques et pris des mesures énergiques pour mettre un terme à la crise terrible de 1929 ? Est-ce l’œuvre d’un homme faible ? Est-ce que LEE KUAN YEW qui a bâti Singapour et l’a régenté de 1965 à 2000 était-il autre chose qu’un homme fort ? KIM DAE JUNG, ancien Président de la Corée, qui l’a transformée et en a fait un dragon de l’Asie, était-il autre chose qu’un homme fort ? Je me suis imprégné des œuvres de ces grands hommes et j’ai visité les traces de leurs réalisations. Je ne voudrais pas oublier LOUIS XIV, ADENAUER, ABRAHAM LINCOLN, etc.
Le monde est en mutation mais il reste incontestablement des réalités immuables. Le Président Uhuru Kenyatta doit comprendre que sa victoire proclamée à 54% des votants ne lui donne pas le droit de s’accaparer, avec les siens, de tous les pouvoirs au Kenya et de marginaliser son opposant Raïla ODINGA, qui a obtenu presque 45% des voix. Sans la justice politique ou sociale, il n’y a pas de développement et de paix. Depuis l’invention de la gouvernance démocratique au 18è siècle, le monde a extraordinairement évolué. Les réussites électorales au Ghana, au Nigeria... etc... ne doivent pas masquer le fait de la nécessité de réviser certains dogmes et des pratiques de démocratie pour les adapter aux réalités nationales. Que les intellectuels tarés et égocentriques, au service des pouvoirs en Afrique, sachent qu’on ne développe pas un pays en créant des asociaux, des babacools, des parias et des zonards.
Comment un Président d’université peut-il laisser les forces de répression envahir l’espace de l’université pour mater des étudiants, qui réclament juste des droits et des traitements pour jouir de la simple dignité humaine ? Comment peut-il après cela faire du tourisme à travers le pays pour aller convaincre la populace d’accepter le viol de ses libertés et le piétinement de sa dignité ? Qu’est-ce qu’il cherche dans une commission populiste et rétrograde, dirigée par une dame que le peuple togolais considère comme indélicate ? Pourquoi Mme Awa NANA a besoin d’aller se faire humilier par la populace après avoir présidé la Cour de justice de la CEDEAO et regagné un peu de considération après son rocambolesque passage à la présidence de la CENI en 1998 ? Quelle trahison des intellectuels !
Il est temps de renverser la donne, qui nous avilit, et de faire valoir des exigences éthiques et progressistes. Le système politique en place au TOGO est dégénéré et bloqué. Qu’importent ses intrigues, ses menées auprès des étrangers pour le soutenir, ses manèges et sa cuisine par l’organisation de sommets internationaux improductifs et sans impact positif pour le peuple, il est en putréfaction avancée. Nous avons besoin et nous aurons besoin du secours populaire pour le dynamiter et mettre un terme à sa nuisance. Il nous faudra alors imposer le droit de tous les Togolais à accéder au bien-être social, au prestige social, au respect et à l’autorité morale. Nous devons définir alors les fondements nouveaux sur lesquels doit reposer la nouvelle société ouverte à des élites multiples et mobiles.
Nous savons que lorsque l’élargissement nécessaire des élites se heurte à des résistances qui ne trouvent de justification que dans la corruption d’une minorité, dans les préjugés de l’ignorance, dans l’égotisme des dirigeants et dans la pesanteur des coutumes, l’explosion sociale devient inévitable. Il est inacceptable que des vamps s’installent au cœur du pouvoir et aux postes stratégiques de l’Etat pour vampiriser l’énergie vitale du Chef de l’Etat. Il y a de nos sœurs, qui sont de véritables gourgandines et si voraces que leur avidité nous expose à un cataclysme social. Comment le gouvernement togolais a-t-il pu contracter en 7 ans une dette, qui tourne autour de 81% de notre PIB, soit presque 2000 Milliards de FCFA, en partant de 20% de ce PIB en 2010 ? Quel désastre si l’on sait qu’il a détruit les sources productives pour les remboursements et qu’il est contraint par le FMI à aller emprunter de l’argent sur le marché financier à un taux de 7% pour rembourser une partie de sa dette, arrivant à échéance et contractée auprès des banques privatisées? L’acharnement de ce gouvernement faisandé, évoluant dans l’inertie et le folklore, synonyme de paralysie et de quasi-mort, a fini par empoisonner toute la société togolaise qui vit dans la fausseté, le mensonge et l’immoralité. En profondeur, le pays est prêt pour un sursaut révolutionnaire. Le PRR existe pour le sauver du chaos et rassembler à nouveau ses enfants pour les conduire dans la prospérité, dans l’ordre, dans la justice sociale, dans la liberté et dans le bien-être de tous vers sa réelle destinée.
Le gouvernement actuel, prisonnier des habitudes de la maison, n’ayant pas encore compris l’urgence et la nécessité d’une réforme globale de la société, faisant même du dilatoire pour faire les réformes politiques, institutionnelles et électorales, se dirige tout droit dans un mur. Ces dernières réformes auraient pu être une arme de compromis dans ses mains et lui valoir une certaine accalmie et même une passagère tolérance dans le pays. Mais ces compatriotes peu éclairés, peu scrupuleux et aveuglés par leurs ambitions personnelles, leur cupidité et les possibilités d’enrichissement illicite et impuni, ne voient pas le risque qu’ils font courir à leur chef et à notre patrie. S’il y a donc aujourd’hui une nécessité d’une révolution sociale au Togo, elle doit être cherchée dans le refus de la minorité à faire des concessions inévitables et à faire les réformes que demandent nos populations du Nord au Sud.
Nous sommes étouffés et étranglés par la minorité que la gouvernance actuelle favorise et qui détruit notre pays. Mais qu’ils sachent que nous n’accepterons pas que les injustices sociales, la médiocrité, la débauche et la corruption soient les palladiums de notre République. Ils doivent changer radicalement ou partir avant qu’il ne soit trop tard. Même les meilleurs finissent mal quand ils tardent à quitter la scène. Il y a un temps pour tout. La chute de USAIN BOLT aux mondiaux de Londres de cette année est une illustration instructive. Avec la foi en Dieu et sa sainte volonté, nous triompherons et nous changerons la gouvernance débauchée et destructrice actuelle.

Que Dieu nous inspire, nous guide et nous protège.
Fait à Lomé : le 14 Août 2017

Nicolas LAWSON

LES EFFETS COMBINES DE TROIS GOULOTS D'ETRANGLEMENT DU TOGO!




Le pays est en ruines, plusieurs signes en disent long sur cette lente agonie. Plusieurs leaders d'opinion tirent invariablement la sonnette d'alarme dans ce Togo où s'étale sur la place publique la misère des gens de toutes origines, de toutes générations de toutes confessions y compris chez les "indéfectibles du général". Un premier ministre, qui fut du sérail et y retourne le temps d’arrangements de circonstances, a fini par lâcher que la misère de toutes couches de Togolais s’étale sur la place publique au même instant où un de ses successeurs claironne à New York devant ses pairs que la « faim zéro » règne en terre togolaise comme si opacité financière, mal-gouvernance et flux financiers illicites n’avaient pas fini d’épuiser le Togo et les Togolais ! 
Quel est l’objet de cette prise de parole ? Dénoncer en prolongeant les propos des économistes togolais qui en savent et en disent beaucoup, des dérives des gangsters au pouvoir au Togo pour qui, gouverner avec les oripeaux du pouvoir, en s’attirant à eux seuls, étant la minorité profiteuse, les grasses ressources du domaine public. Accéder au pouvoir et l’exercer le plus longtemps possible est devenu l’outil particulier d’une chrématistique de biens publics privatisés…pour d’énormes richesses accumulées et externalisées, au besoin sous la forme identifiable, localisable, mesurable et analysable de flux financiers illicites. La pauvreté des Togolais ne vient pas de nulle part comme l'effet d'une génération spontanée mais de pratiques surannées, peu honorables. Nous devons en parler !!!! 
Moi qui ai le vertige facile, j’ajoute à la masse des flux financiers illicites, d’autres occurrences de vertige : « 108 milliards 870 millions investis pour la sécurité de Faure Gnassingbé, montants confirmés par Rfi.. [pour] cette sécurisation d'un pouvoir qu'on cherche par tous les moyens à conserver ad vitam aeternam……Il s'agit principalement des dépenses opérées pour l'armée, les services de renseignement en l'occurrence l'ANR (Agence nationale pour le renseignement, de triste renommée), la police et la gendarmerie. Les grosses factures payées par l'Etat togolais à Israël sont pour le renseignement, notamment la fourniture des matériels d'écoute, la planque des agents secrets et la formation. Contenu également dans ces dépenses, le matériel sophistiqué pour la sécurisation de la présidence et des résidences de Faure Gnassingbé disséminées à travers le pays sans oublier les agents israéliens qui sont présents à Lomé 2 et forment leurs homologues togolais. ….Pour ce qui est de l'armée, les achats se structurent autour des blindés légers et de l'habillement…..Enfin la police et la gendarmerie complètent ce dispositif d'achats non prioritaires par du matériel devant servir dans la contenance de manifestation, autrement dit les "gadgets" de répression que les Togolais connaissent bien…. » (cf Anani Sossou in icilome.com du 23 juillet 2017) 
La fuite effrénée de capitaux accompagne la mondialisation dans un pays qui a décrété un code d’investissement ultralibéral et ce depuis 1967. Elle n'est rien d'autre que l’opacité financière ajoutée à la massivité des flux financiers illicites. Une autre orthodoxie voudrait que la dette publique, la fuite des capitaux, les souffrances de l’esclavage monétaire volontaire du CFA et les détournements du bien public changent la donne : l’évaluation des richesses produites au Togo ? Et si les gouvernants acceptaient cet autre volet de la bonne gouvernance à 3 piliers : 
-  la démocratisation du débat public sur la gestion des biens publics, 
-  l’obligation faite aux gouvernants et aux élus de déclarer leur patrimoine en début et en fin de charge 
-  la création de la Cour des Comptes ayant prérogative judiciaire de contrôle. 
Nous aurions alors changé d’échelle pour plus de visibilité! 

Thomas Koumou qui signe plusieurs textes au nom de l'association Veille économique que je salue ici, analyse et fixe le cap en précisant que "....selon le document du Fonds Monétaire International (FMI), intitulé, les Perspectives économiques régionales - Afrique subsaharienne - , un changement de cap s’impose, les moyennes des taux de croissance économique (2015-2017) seraient respectivement pour la zone UEMOA, le Ghana et le Nigéria, de 6,5%, 5,3% et 2,83%. Nous estimons que ces taux de croissance sont faibles non seulement parce que nos États ont des niveaux de PIB relativement faible, mais aussi des paramètres tels que le taux de croissance démographique et le taux d’inflation... annihilent l’effet de la croissance. 
En termes de variabilité, on note que sur 14 ans (2004-2017), l’UEMOA, le Ghana et le Nigeria enregistrent respectivement 1,91%, 3,13% et 2,71%. Ceci montre clairement l’inconstance de la performance de nos économies entraînant de fait un niveau de risque élevé de ces dernières. Lorsqu’on se trouve à ce niveau de taux de croissance économique et que l’on considère les paramètres tels que la croissance démographique, le taux d’inflation et le détournement massif des deniers publics (corruption), il devient évident qu’il n’y aucune chance pour que les populations puissent ressentir les fruits de cette croissance. 
Les investigations de Global Financial Integrity (GFI) sur les sorties des flux illicites des pays en développement, illustrent parfaitement l’impact négatif de la corruption sur nos économies. Selon GFI, sur 10 ans (2004-2013), les sorties de flux illicites de certains pays se présentent comme suit : 
-  le Nigéria (10ème rang mondial, 178 040 millions de $ US soit 26,37% de toute l’Afrique subsaharienne), 
-  la Cote d’Ivoire (48ème mondial, 23 344 millions de $ US, soit 12 255 milliards de FCFA), 
-   le Togo (49ème mondial, 22 293 millions de $ US, soit 11 704 milliards de FCFA). 
Avant le constat de T. Koumou, la photographie de cette situation dramatique établit que «…le Nigeria avec 217 738 milliards de $US, l’Egypte avec 105 173 milliards de $US, l’Afrique du sud avec 81 840 milliards de $US, le Maroc avec 33 853, l’Angola avec 29 500 milliards de $US... ne doivent pas se comparer au Togo avec 2 215,6 milliards de $US. Il y a donc eu au Togo des sorties illicites d’argent annuellement et en moyenne entre 1970 et 2008 de 56,81 milliards de $US. En référence, le montant annuel et moyen de sorties illicites d’argent est de 825,54 milliards de $US pour le Nigeria…. En effet, dès cette année 2005, la progression des fonds illicites sortis est passée de 10,08% (2002-2004) à 1860% (2005-2008) et les flux sortis sont passés de 251 millions de dollars US soit 125, 5 milliards de FCFA à 952 millions de dollars US soit 476 milliards de FCFA, c’est-à-dire une augmentation de 279% en une année. La variabilité moyenne annuelle de la sortie des flux illicites est de 1,4 milliard de dollars US soit 707 milliards de FCFA. Ce qui représente une progression annuelle de 77% sur la période. En 2008, la sortie des fonds illicites prend une autre ampleur avec un montant faramineux de 4,5 milliards de dollars US soit 2 235,5 milliards de FCFA. Ce rythme s’est confirmé en 2009 avec un montant de 4,3 milliards de dollars US soit 2 125 milliards de FCFA, sorti du pays. Le rythme a baissé de moitié en 2010 et la sortie en 2011 est de 1,14 milliard de dollars US soit 570 milliards de FCFA, nettement supérieur au budget de l’État en 2011.» (cf les études et agrégats de Global Financial Integrity (GFI), Dev Kar and Brian Le Blanc et Yves Amaïzo in http://news.icilome.com/?idnews=834195&f=). 
Une étude suisse qui fait autorité en la matière complète et précise les précédentes : Flux financiers déloyaux et illicites en provenance des pays en développement Rapport du Conseil fédéral en réponse aux postulats 13.3848 (Ingold) du 26 septembre 2013 et 15.3920 (Maury Pasquier) du 23 septembre 2015. 
En dehors du Sénégal et du Libéria, les autres pays de la CEDEAO peuvent être considérés comme de bons élèves. Les ressources illicites qui sont sorties des pays de l’Afrique subsaharienne entre 2004 et 2013 représentent 674 977 millions de $ US soit 354 362 925 000 000 FCFA. Pour ce qui concerne la CEDEAO, ce montant représente 267 287 millions de $ US soit environ 140 325 675 000 000 de FCFA. Le Nigéria, la Cote d’ivoire et le Togo qui représentent les trois meilleurs de la CEDEAO, totalisent 83,68% de ce montant......" (cf Thomas Koumou auteur de "...Sur les flux financiers illicites qui minent l'économie..... in http://news.icilome.com/?idnews=837297&t=thomas-koumou-rebondit-sur-les-flux-financiers-illicites-qui-minent-l-economie. 

Il est alors temps d'approfondir le regard sur l'essentiel. Si le taux de croissance en apparence honorable est grugé par l'investissement fantaisiste et non rentable constitue une fausse orientation, que la dette est lourde à porter et que les flux financiers illicites dépassent l'inimaginable, il conviendra de constater que ces facteurs ne jouent pas isolément et que nul n'en contrôle l'agenda et que la convergence des trois goulots d'étranglement du système ne souffrirait plus longtemps la fuite de l'argent togolais produit pas des Togolais et qui doit revenir aux Togolais! 
L’origine de ces flux financiers que je considère comme le problème au coeur de la mal-gouvernance a plusieurs origines : 
 la surfacturation ou la sous-facturation des exportations, des importations, ou encore des contrats, des transferts à l’étranger, des investissements de l’étranger ou à l’étranger, des prêts publics, des emprunts publics ou des ventes des actifs publics. 
Le Togo se situe dans cette Afrique de l’Ouest (hors Nigéria champion toutes catégories en la matière), ce sous-continent cumule 38% des flux financiers illicites d’Afrique, 3 fois plus que l’Afrique Orientale (11%), contre 28% de l’Afrique du Nord ou l’Afrique centrale (10%). On a pu mettre en évidence les secteurs d’activité sur lesquels reposent la génération de ces flux de même que leur niveau et évolution dans la durée comme le montrent des graphiques très parlants. 
Source : Rapport du Groupe de haut niveau sur les flux financiers illicites en provenance d’Afrique Rapport établi à la demande de la Conférence conjointe UA/CEA des ministres des finances, de la planification et du développement économique, page 99. 
Source : Rapport du Groupe de haut niveau sur les flux financiers illicites en provenance d’Afrique Rapport établi à la demande de la Conférence conjointe UA/CEA des ministres des finances, de la planification et du développement économique, page 94. 
Ces données et graphiques sont fiables car reposant sur une méthode bien rodée, dite méthode de la CEA. « …pour évaluer les flux financiers illicites au niveau du secteur, il faut disposer d’abondantes données sur le commerce, par couple de pays. Pour cette raison, l’analyse ne retient que la fausse facturation des transactions des sociétés multinationales. Selon Raymond Baker, “la fausse facturation représente jusqu’à 55% des sorties illicites de capitaux des pays en développement”. 
En d’autres termes, l’essentiel des flux illicites provenant des pays en développement s’explique par la falsification de la facturation par les entreprises multinationales. Ceci a conduit à la normalisation engagée dès 2002 mais... le mal persiste. 
Source : Flux financiers illicites en provenance des pays en développeme2002—2006Global Financial Integrity par Dev Kar et Devon CartwrightSm in http://www.gfintegrity.org/storage/gfip/non-economist%20recent%20capital%20flight%20final%20french.pdf 

La méthode utilisée ici rappelle celle du Modèle de fausse facturation des transactions commerciales, puisque les estimations utilisent aussi les données sur la facturation falsifiée. Comme ce dernier modèle, la méthode suivie par la CEA utilise des données relatives à un échange commercial donné entre deux pays, en comparant les exportations du pays du produit vers le pays, et les importations du pays du produit en provenance du pays. 
Cette étude intègre également la faible perception de la corruption et de l’opacité financière dans les pays concernés, ce qui en force la légitimité. 
Source : Rapport du Groupe de haut niveau sur les flux financiers illicites en provenance d’Afrique, Rapport établi à la demande de la Conférence conjointe UA/CEA des ministres des finances, de la planification et du développement économique, page 109 
Cette information qui devrait être concordante est habituellement discordante pour plusieurs raisons:
-   les exportations sont généralement exprimées franco à bord (FAB),
-  les importations sont normalement comptabilisées en CAF (coût-assurance-fret)
 Les pays n’utilisent pas nécessairement la même nomenclature douanière pour un produit donné…. Des erreurs de comptabilisation dans la valeur des flux sont possibles; . (cf Flux financiers illicites ffi Rapport du Groupe de haut niveau sur les flux financiers illicites en provenance d’Afrique Rapport établi à la demande de la Conférence conjointe UA/CEA des ministres des finances, de la planification et du développement économique
Le Togo se distingue par les sommes importantes qui échappent à la puissance publique et sa perméabilité que je mesure en « équivalents ad valorem du temps de passage aux frontières », des exportations et des importations considération moyenne des export/import. 
Quand ce temps moyen est de 16 pour le Bénin, de 7 pour la Côte d’Ivoire, de 12 pour le Nigéria, il est de 8 pour Togo et le Cameroun, pays qui figure dans le premier décile des pays africains les plus vulnérables en matière de flux financiers illicites. La réduction de ces flux suffirait largement à financer la modernisation, le développement et la démocratisation des infrastructures, de la santé, de l’éducation et de l’agriculture. 
C’est ainsi que l’Afrique subsaharienne a perdu 946,7milliards de $US en 2011, (au total 5900milliards $US de 2002 à 2011, soit 590 milliards $US/an). Le Togo laisse fuir 1,8 milliard $US environ par an et comme dans les pays incriminés, des sociétés-écran constituées pour la circonstance, s’ajoutent aux paradis fiscaux, tous opérant dans l’art du blanchiment d’argent. Colossal ! 

J’aurais voulu corréler le rythme sur la durée (20ans) des flux financiers illicites, de l’inflation des prix de denrées de première nécessité, du taux de croissance du PIB et de la croissance démographique, des investissements dans la santé, l’éducation et les infrastructures, impacté par l’opacité financière pour comparer le Togo au Ghana, au Bénin, au Nigéria, à la Côte d’Ivoire, au Burkina Faso... Comparaison n’est pas raison mais on saurait ainsi, si les agrégats en existaient, qui « smuggle » plus que l’autre ! 

Changeons d’échelle, dépistons la façon dont les biens et patrimoines sont acquis dans ces pays, tel le Togo où la création constitutionnellement exigée est une sorte de serpent de mer dont on parle toujours sans jamais le voir venir. 

C’est sûrement elle qui pourrait servir de gendarme et d’antidote pour endiguer ce mal pernicieux : les flux financiers illicites dont profitent détourneurs, marchands et marchandises illicites, banquiers complices et argentiers mondialistes nichés dans les paradis fiscaux. 

Faire tarir ces flux et ajouter à la transparence nous pareraient de vertus pour la maîtrise de la créance financière africaine en général, et togolaise en particulier. 

Etude et commentaires de Emmanuel Isidore Bocco 

jeudi 3 août 2017

LIBERTÉ POUR LE TOGO « ANGLAIS »



Colonie allemande à partir de 1884, le Togo est ensuite coupé en deux par les vainqueurs de l'Allemagne lors de la première guerre mondiale : la France et la Grande Bretagne. Le pays et les ethnies sont éclatés entre la Gold Coast (aujourd'hui Ghana) et le reste du Togo désormais placé sous tutelle française par la SDN et qui constitue le Togo d’aujourd’hui,.
Avant d’en arriver là, le Togo a subi pas moins de 2 partages et une annexion:
  • Le premier partage entre les Anglais et les Français a lieu en 1915. Les gouverneurs coloniaux du Dahomey pour la France, de la Gold Coast pour la Grande-Bretagne, se partagent le pays suite à une convention signée le 30 août 1915
  • Le deuxième partage a eu lieu en 1927 et les frontières «définitives» du Togo sont fixées par les deux puissances en 1929: au total, le Togo dit français aura une étendue de 56 600 km2 et la partie dite anglaise 33 900 km2
  • Quant à l’annexion du Togo britannique (les 33 900 km2) au Ghana, elle a lieu en 1956, après un simulacre de référendum organisé par l’ONU et instrumentalisé par le Président ghanéen, Kwame Nkrumah, avec l’appui du gouvernement britannique. Ainsi est mis en œuvre le «plan secret» de Nkrumah et son parti, la Convention of People’s Party (CPP), afin de récupérer les très riches terres du Togo pour la culture du cacao et du café.
En réalité, le Togo n’aurait jamais dû perdre ses frontières naturelles Est et Ouest que sont respectivement les fleuves Mono et Volta. Il aurait eu aujourd’hui une étendue de 90 500 km2. Mais organiser un référendum pour le choix entre le Togo français encore sous tutelle et la Gold Coast devenue pays indépendant est une parodie et les résultats ont été clairs, nets et sans appel: 93 095 voix pour l’annexion, 67 492 contre!
Peut-on encore revenir sur cette véritable «violation» des frontières comme on l’a vu entre le Cameroun et le Nigeria? Ma réponse est oui, à condition que le Togo devienne comparable au Ghana en matière de droits de l’homme, de démocratie politique et de gouvernance. En l’état actuel de la situation, quel citoyen sensé pourrait-il choisir de quitter un pays démocratique (le Ghana) pour une dictature (le Togo) ?
Le « réveil » du peuple togolais annexé au Ghana, qui demande aujourd'hui sa liberté, sonne comme un prémisse de la réunification du Togo. Ce projet de réunification est un projet de conquête accordé à tout peuple, du droit « à disposer de lui-même ». Il appelle tous les autres Togolais à intensifier leur lutte pour bouter dehors la dictature de la famille Gnassingbé pour un Togo libre et démocratique...

C'est seulement après qu'on pourrait organiser un référendum pour connaître la volonté des habitants du Togo « français » situé à l'est des fleuves Mono pour sa partie méridionale et Oti sur sa partie septentrionale.

vendredi 28 juillet 2017

LES KABIYÈS DE PYA ET LA FRAUDE...



Dans toutes les ethnies du Togo, le passage de l'adolescence à l'âge adulte se fait par l'intermédiaire d'une initiation. En pays kabyè, c'est dans la lutte appelée Evala que se fait cette initiation. Il s'agit donc d'un jeu traditionnel et culturel. La victoire d'un camp est traditionnellement la victoire symbolique de l'ensemble du canton dont est originaire l'équipe « gagnante ».
Mais l'arrivée au pouvoir politique suprême d'un Kabyè, intervenu à la suite du coup d'état du 13 janvier 1963, a transformé cette tradition en un véritable concours de recrutement des jeunes gens pour l'armée. Ce qui était un jeu est devenu une joute violente où tous les coups sont permis...un concours sans merci !
Les premiers à le savoir furent les membres du clan du canton de Pya dont sont originaires le général-président et son héritier de fils qui ont délibérément utilisé cette lutte pour créer une armée ethnique en y recrutant les militaires de l'armée, de la gendarmerie, de la police ainsi que les douaniers...Tous les corps habillés !
Dès lors la fraude, la tricherie et l'injustice, consubstantielles au pouvoir RPT-UNIR, se sont installées en pays kabyè, plus précisément dans le canton de Pya, passé maître ès-fraudeur. Désormais c'est une cérémonie à laquelle tous les « cadres » civils et militaires que compte le pays kabyè sont convoqués et priés d'assister: tous les véhicules de l'État sont réquisitionnés et mis à leur disposition pour la circonstance. Il faut voir alors les embouteillages et les accidents de la circulation sur la route Lomé-Kara ! Quant au Chef de l'État, lui-même originaire de Pya, il se déplace en avion, bien sûr, toujours aux frais du contribuable togolais !

À l'occasion de la cérémonie de 2017, la découverte de la fraude organisée par Pya (équipe Akéï-Lao-Kioudè-Tchamdè) a provoqué la fuite du Chef de l'État. En effet le clan présidentiel a recruté un « Goliath-mercenaire » pour pouvoir venir à bout de tous les autres lutteurs lors des éliminatoires. Mais en finale, l'équipe Kadjika-Awidina-Pittah, adversaire de Pya, découvre le pot-aux-roses et dénonce la fraude en envahissant le terrain de lutte, ce qui déclenche le départ précipité du Président de la République pétri de honte. Le repas habituellement prévu chez le prince, fait de la chair des nombreux chiens abattus pour la circonstance et arrosé de mètres cubes de tchoukoutou, a dû être amer, très amer...Le prince en a-t-il au moins éprouvé des remords ? 
J'en doute car dans ce pays où la fraude a atteint les sommets, en particulier lors des divers scrutins électoraux, comment croire que la lutte des Evalas pouvait y échapper ? Dans ce pays où tous les champs de la société sont touchés par la fraude, le vol et la corruption et où le pouvoir politique et ses affidés détournent jusqu'à 86% du PIB, comment peut-on imaginer une cérémonie propre ?
Même si tous les médias « officiels » convoqués à coup de millions de CFA pour couvrir « l'événement » in extenso ont soigneusement « oblitéré l'incident », comme disent les Togolais, des témoins ont parlé !
Excellence Monsieur Faure Essozimna Gnassingbé, vous pouvez continuer votre fuite en avant, vous serez rattrapé par l'HISTOIRE, car personne ne peut se moquer d'elle impunément : ni Staline, ni Mao, ni Ceucescou, ni Kim Il Sung, ni Ben Ali, ni Moubarak, ni...vous !



vendredi 21 juillet 2017

DEVENIR AMI(E)

CHERS AMI(E)S, 

VOUS QUI FRÉQUENTEZ LE BLOG "SURSAUTTOGO" ET QUI L'AIMEZ, 

DEVENEZ AMI(E)S,

ADHÉREZ!

NOTRE ACTION N'EN SERA QUE PLUS RENFORCÉE ET PLUS EFFICACE!

dimanche 9 juillet 2017

À QUOI SERT L’OPPOSITION PARLEMENTAIRE AU TOGO ?



« On peut tromper une partie du peuple tout le temps
et on peut tromper tout le peuple une partie du temps...
mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps »
Abraham Lincoln
En scrutant la vie politique togolaise du mois de juin écoulé, j’ai été gagné par l’écœurement face aux manœuvres piteuses de la dictature au pouvoir.
Je dois néanmoins à la justice de dire que l’opposition officielle m’a rempli de tristesse et de perplexité.
Ce 23 juin 2017, la représentation nationale togolaise vote un texte important pour la vie de la Nation. Il s’agit de la loi portant création des communes au Togo. La grossière manœuvre du pouvoir en place et l’iniquité intrinsèque du projet gouvernemental n’enlèvent rien à l’importance du texte et à la gravité du moment. Le pronostic vital de la nation est encore une fois engagé.
Le pouvoir dictatorial semble, lui, avoir perçu l’importance du moment et la gravité de la situation. Pour preuve de son inquiétude, un cordon de force de l’ordre, lourdement armée, encercle l’Assemblée Nationale sous le prétexte fallacieux d’empêcher le peuple de manifester et de rejoindre ainsi ses propres représentants et mandataires. En réalité, les représentants de la Nation sont sommés par l'armée de voter le texte en l'état !
La scène est saisissante. Inacceptable !
Le plus ahurissant reste néanmoins à venir.
Que le pouvoir RPT/UNIR s’accommode d’un tel état de fait qui crée un double blocus et une prise en otage en règle des députés, sommés de voter sous la menace ? Passe encore. C’est dans la nature même d’une dictature aux abois. C’est presque de bonne guerre.
Mais que ladite opposition togolaise accepte d’être ainsi prise en otage et de légiférer sous ordre d’une armée déployée qui l’enserre de toutes parts, est totalement incompréhensible.
La scène est tout simplement surréaliste et révèle, au-delà de l’anecdotique, la qualité de l’opposition togolaise et son niveau de collusion avec le pouvoir qu’elle prétend combattre.
Il n’y avait qu’une seule chose à faire et cela tombe sous le sens : REFUSER DE SIÉGER !
La vie est une succession de symboles et plus encore la vie politique où les messages implicites et subliminaux ont un poids décisif et mobilisateur. REFUSER DE SIÉGER dans un parlement assiégé. Exiger et obtenir la levée du blocus avant tout débat et le vote de la loi, c’est rendre sa dignité à une des plus illustres institutions de la Nation. Les députés ANC/ADDI/CAR devaient impérativement quitter la salle et faire face courageusement aux forces de désordre et d'occupation. Le signal aurait été doublement clair envers ce pouvoir autiste à qui on signifierait ainsi en toute responsabilité les limites à ne pas franchir dans l’humiliation de toute une Nation et, d’autre part, indiquer à la Nation, qu’on appelle à la prise en main de son destin, le chemin de la révolte et de la non acceptation des états et des voies de fait inconcevables dans un État de droit.
Las : l’opposition togolaise, confite d’incompétence, est encore passée lamentablement à côté d’une bonne occasion de faire œuvre constructive ! Elle a voté la loi sous la contrainte d’une armée de mercenaires, pour ensuite se répandre au-dehors, en critiques de tous ordres contre l’iniquité d’une telle loi.
Cela relève de l’amateurisme et de l’irresponsabilité sinon de la schizophrénie et nul ne sait plus s'il faut en rire ou bien en pleurer.
Messieurs les opposants togolais, débarrassez le plancher de la contestation puisque vous ne pouvez pas faire mieux. Vous empêchez juste une véritable opposition responsable d’éclore.

Puis vint l’histrion Tchao Christophe
Monsieur Tchao Christophe, président du groupe parlementaire RPT / UNIR a fini par fendre l’armure. Ce cacique du pouvoir dictatorial en place au Togo a confirmé ce que le peuple togolais savait depuis belle lurette : la dictature n’a pas l’intention de faire les réformes constitutionnelles ou institutionnelles nécessaires au Togo ! Tout au plus accepterait-elle de les réaliser à ses conditions et à son seul bénéfice.
Les contorsions et affirmations de mauvaise foi de Monsieur Tchao demandant à « remettre les compteurs à zéro » et à éviter une personnalisation de législation demandée par l’opposition n’auraient servi qu’à rejeter la responsabilité de l’échec de la réforme sur l’opposition tout en plaidant pour la perpétuation de son champion politique au pouvoir. Ce sinistre thuriféraire fait exactement ce qu’il semble reprocher aux auteurs de la proposition de loi ANC/ADDI. Il personnalise la réforme et cristallise le débat autour de la seule personne de Monsieur Faure GNASSINGBE. Circulez ! Il n’y a rien à voir.
Symétriquement l’opposition s’arque boute sur la demande, certes « légitime », d’un retour à l’Accord Politique Global de 2006 et à la Constitution de 1992, c’est-à-dire une élection présidentielle à deux tours assortie d’une limitation du nombre de mandats présidentiels à deux.
Cette demande est également légitime. Il convient néanmoins de s’interroger sur l’efficacité de sa formulation.
Les positions semblent figées. Le peuple est tiraillé entre un pouvoir qui manie l’intimidation et la terreur pour le maintenir dans le statu quo tout en préparant les forfaitures à venir et l’opposition « accompagnatrice », subjuguée et incompétente, incapable de susciter la franche adhésion du peuple appelé à « arracher » le pouvoir au tyran.
L’histoire semble repasser les plats. Le statu quo profite toujours au pouvoir en place. L’opposition togolaise le sait. En cela, l'exemple de 2015 est éclairant. Le refus de la présentation pour la troisième fois aux élections de M. Faure GNASSINGBE comme préalable à la réforme a débouché sur... son troisième mandant en cours. La situation actuelle est en train de nous préparer à nouveau une perpétuation ad vitam aeternam du tyranneau au pouvoir. Les commissions diverses et variées ont pour objectif de créer le dilatoire et le saucissonnage nécessaires à la dictature pour asseoir, au nez et à la barbe du peuple, du monde et d'une opposition bavarde et incapable, le pouvoir à vie du président actuel.
La vraie question aujourd’hui est de savoir ce que veut l’opposition au Togo et au-delà ce qu’elle vaut en réalité. La grossièreté des erreurs commises comme celle relevée supra ; la tendance à s’enferrer dans des voies sans issue face à un pouvoir violent et autiste ; le mantra des deux tours et de la limitation du nombre de mandats présidentiels qui transparaît dans la rédaction controversée du projet tendant à affirmer « qu’en « aucun cas » nul ne peut effectuer plus de deux mandats présidentiels » au lieu de s’en tenir à la formulation simple et consacrée de « nul ne peut effectuer plus de deux mandats présidentiels » nous indiquent la vraie nature de cette opposition, qui se dessine clairement et distinctement. Nous sommes dans le schéma d’un soutien « objectif » à la dictature en place.
Une opposition véritable serait plus compétente et plus ambitieuse qui réclamerait et imposerait dans le débat national et international la convocation d’une véritable Assemblée constituante. Face à un pouvoir qui pratique le saucissonnage des réformes, c’est la seule réponse crédible. Le bon sens le commande.
Le socle électoral du pouvoir en place ne dépasse guère les 10 % du corps électoral au Togo : tous les Togolais le savent et le pouvoir lui-même ne le sait que trop. L’accent doit donc se porter sur les conditions objectives d’un scrutin « véritablement » transparent : re-confection intégrale des listes électorales à l'issue d'un Recensement Général des Populations et des Habitats (RGPH) ; recomposition honnête de la CENI ; égalité dans les règles d’accès aux moyens de communication ; financement équitable et limitation des dépenses électorales… voilà les points d’attention qui conduiraient à coup sûr à l’alternance au Togo.
Une opposition normalement intelligente n’accepterait pas de siéger et encore moins d’accompagner les élections dans des conditions d’organisations sous-optimales qui conduisent inévitablement à la fraude et à sa déroute inévitable tout en légitimant le fraudeur.
Une opposition véritablement responsable tendrait à se rassembler dans un effort centripète continu et présenterait un front uni contre l’une des dictatures les plus féroces au monde.
Une opposition franche et déterminée serait plus véloce et plus prompte à élargir l’horizon et à ouvrir le focal de la négociation pied à pied avec des objectifs clairs et atteignables.
Une opposition digne mesurerait plus exactement les enjeux pour emporter l’adhésion du peuple... et les enjeux ne manquent pas et ils sont de taille ! Il s’agit de l’avenir d’une Nation et de la vie de millions de Togolais. L’amateurisme qui prend aussi régulièrement les traits de principes indépassables est une faute politique lourde et les compromissions un crime. N’oublions pas la formule désabusée d’Édouard HERRIOT : « appuyons-nous fermement sur nos principes. Ils finiront toujours par céder » .


J-B K.

lundi 3 juillet 2017

POUR TROUVER LA PAIX AU MALI, QUELLE STRATÉGIE ?



Les causes profondes de l'instabilité du Mali sont historiques. Depuis que je sais lire et écrire, j'ai toujours entendu dire que les Touaregs éparpillés entre le sud algérien, la Mauritanie, le Tchad, la Libye, le Mali et le Niger souhaitent disposer d'un territoire pour se gérer eux-mêmes tout seuls. Le colonisateur dont la stratégie était de « diviser pour régner », n'a jamais répondu à cette demande. Au nom du sacro-saint principe de « l'intangibilité des frontières », l'avènement des indépendances, n'a pas permis non plus de donner satisfaction à cette population. Surfant sur ce réel et profond sentiment d'injustice et profitant de la faiblesse de la gouvernance malienne, ayant su créer la jonction entre la rébellion touareg, les intégristes musulmans de BOKO-HARAM du nord Nigeria et les extrémistes MUJAO de la bande sud sahélienne, AQMI a lancé la conquête du Mali dans le but d'en faire le premier État islamique du monde en Afrique.
Affolé par la violence des attaques des « fous de Dieu », victime de la désertion de sa propre armée et donc incapable d'assurer la sécurité de ses propres citoyens, le gouvernement malien se tourne vers la France pour lui demander secours et protection.
Le casting gouvernemental en France à cette date-là n’était pas fameux : un va-t-en-guerre à la Défense et un ministre aux relations louches au Quai d'Orsay ! Alors la France est projetée sur le théâtre malien sans avoir pris le temps de réfléchir à une solution de sortie de crise. Total, nous en sommes aujourd'hui à un effectif militaire de 4000 hommes, pour contrôler une zone s'étendant sur plus de 4 millions de km2(Mauritanie, Mali, Tchad, Niger, Burkina Faso) pour plus de 7400 Km de frontières pour le seul Mali, et pour courir derrière un ennemi « invisible » et très mobile y compris dans le sud de la Libye et de l'Algérie, sa base arrière! Barkhane, c'est des milliers de morts et des dizaines de milliers de blessés africains, 19 soldats français sacrifiés et combien de blessés ; Barkhane, c'est aussi 700 millions d'euros soutirés chaque année au contribuable français...dans quel but, pour quelle efficacité et pour encore combien de temps ?
1- Les limites de la force militaire
L'évolution de ces événements devrait nous enseigner que la seule force des armes, aussi sophistiquées et aussi performantes qu'elles soient, n'est pas la solution. Aujourd'hui, on peut appeler à la rescousse les armées africaines, celles de l'ONU et même celles de l'OTAN et même en créer une toute neuve, je ne suis pas persuadé d'une victoire nette, totale et définitive.
En tous cas, la France devrait éviter, à l'avenir, de se retrouver seule, face à ce genre de situation et au contraire, elle devrait chercher désormais -à tout le moins- à intéresser davantage l'ensemble de ses partenaires européens. Ainsi, le point d’honneur habituellement mis par la France à assurer seule les opérations de protection et d’évacuation de ressortissants français et étrangers lors des crises, déresponsabilise totalement ses partenaires et justifie au passage la survivance – sans équivalent – de bases militaires françaises sur le continent africain. Ce type d’opérations, tout comme les missions ponctuelles de rétablissement de la paix en appui à l’ONU, devraient être menées par les groupements tactiques européens (EU battlegroups) créés en 2007 à cette fin dans le cadre de l’UE.

2- Les tensions politiques
En réalité, le Mali connaît d'importantes tensions politiques qui opposent pêle-mêle ses très nombreux partis politiques, les urbains aux ruraux, les ethnies entre elles, les militaires aux civils, les régions les unes aux autres...le tout couronné par une longue série ininterrompue de scrutins volés et par une réelle incurie des pouvoirs successifs, hormis le Président Alpha Konaré il y a déjà quelques années !
La «realpolitik» devrait dicter à la France de ne plus soutenir des régimes incapables de justice, mais d'aider les peuples, en soutenant partout l'impératif démocratique: liberté, paix, développement, alternance, pluralisme... Dans le cas contraire, la seule alternative restant aux peuples africains n'est autre que la révolution violente dans laquelle la France aurait tout à perdre: l'exemple du Rwanda qui a tourné le dos à la France est là pour nous le démontrer...

3- Les tensions économiques
En moyenne, un Malien vit (survit !) avec moins de 1€ par jour. L'aide civile française au développement du Mali stagne à 400 millions d'euros répartis sur plusieurs années alors que, nous l'avons vu, la seule force Barkhane coûte 700 millions d'euros par an ! Il est temps pour la France de donner des signes visibles à la fois pour la stabilité, mais aussi pour le développement et pour le raffermissement de la démocratie en Afrique en général, au Mali en particulier. Elle doit aussi se donner comme objectif d'encourager partout la recherche de solutions pacifiques négociées plutôt que de fournir des hommes et des armes. En effet, les peuples africains aspirent au développement et ont pris conscience que ce développement passe par la paix et la démocratie politique.

4- Les tensions sociales
Il faut avoir vu Bamako et ses marchés ; il faut avoir été reçu chez l'élite malienne au bord du fleuve ; il faut avoir connu la campagne profonde, ses agriculteurs, ses pêcheurs, ses éleveurs... pour comprendre que le sous-développement est à plusieurs vitesses ici. Pendant que les élites se gobergent au caviar et au champagne, la masse des petits commerçants, artisans, paysans, éleveurs...les femmes, les enfants n'ont pas de quoi manger convenablement, se soigner, fréquenter l'école. Une somme d'injustices qui est une véritable bombe à retardement. C'est ce cocktail qui fait la société malienne et qui donc en justifie les vives tensions sociales.
Les premières victimes d'une telle société sont la jeunesse malienne : 45% de Maliens n'ont pas 15 ans. Tous ces jeunes partagent eux aussi avec la jeunesse française, l'aspiration à la démocratie, à la liberté et au respect de leurs droits élémentaires. On y trouve l'exaspération face à l’injustice sociale et les inégalités, les manquements à l’indépendance de la justice, et la colère face à la confiscation du pouvoir par un clan ainsi qu'à des joutes électorales inutiles car jouées d’avance.

5- Le risque de l'enlisement
Pour soutenir l'effort d'une guerre qu'elle a volontairement engagée dans un pays étranger, la France a multiplié les bases militaires françaises dans le Sahel, d’Atar en Mauritanie à Faya Largeau et Zouar au Tchad, en passant par Tessalit et Gao au Mali. Et il n'est pas exclu que plusieurs autres postes soient créés plus au nord, en bordure des frontières libyennes. « Il faut des capacités à faire bouger rapidement nos pions » a déclaré un diplomate. En langage moins diplomatique, ça se dit : « La France doit rester le gendarme de l'Afrique ».
Les contingents français sont alors appelés à être intégrés dans des unités nationales et appuyés par les bases existantes dans les capitales et grandes villes dans les anciennes AOF et AEF, de Dakar à Libreville, en passant par Abidjan, Ouagadougou, Niamey, N’Djamena, Yaoundé.
Cette présence française renforcée, diamétralement opposée à ce que nous avions dit pendant la campagne de 2012, veut-elle signifier que notre armée deviendrait une armée d'occupation ? Jusqu'à quand doit-elle rester sur place ? Si la réponse est celle donnée depuis Gao par le Président de la République, « ...jusqu'à l'élimination complète des terroristes... », je crains fort que nous n'ayons alors pas d'autre solution que d'occuper définitivement le Mali ! Mais dans quelle intention et pour quel objectif ?
La France veut-t-elle, à la suite du discours de La Baule de François Mitterrand en 1990, pousser à la démocratisation de ces régimes ou bien veut-t-elle, pour protéger ses intérêts, se contenter d’une recherche d'une stabilité et d'un calme bien précaires !

6- Pour l'unité du Mali dans une paix durable : quelles solutions ?
Que doit et que peut faire la France appelée au secours par l'ensemble des protagonistes?
Le premier levier est d'aider le Mali à s'engager enfin et résolument sur la voie du développement par 4 grands axes :

6-1 La réforme de la Politique agricole commune:
Revoir les subventions aux exportations des denrées alimentaires de façon à ne pas tuer les agricultures africaines par des accords bilatéraux ;
Organiser les transferts de technologies dans le domaine agricole, par exemple.

6-2 La formation supérieure:
Organiser de façon contractuelle la formation universitaire et technologique : ne serait-il pas normal que les étudiants maliens formés en France s'engagent à servir dans leur pays pendant quelques années comme c'est le cas pour les jeunes français qui passent les concours de la fonction publique française ?

6-3 La coopération décentralisée:
Organiser le « partage du pouvoir » par une vraie décentralisation : une demande souvent entendue au Mali: les collectivités locales ne sont pas préparées à la mise en place de budgets et de recettes fiscales locales. Les communes françaises ne pourraient-elles pas y contribuer ?

6-4 Le sport:
Combien de jeunes sportifs évoluent-ils en Europe et en France ? Pour mettre fin au scandale de ces jeunes africains déracinés et "jetés " lorsqu'ils ne font pas l'affaire, ne peut-on pas obtenir des instances du foot par exemple de contribuer à mettre en place des centres de formation au Mali même ?

Le deuxième levier est le levier politique et organisationnel
D'abord, s'engager à renégocier les accords de coopération militaire avec les États africains et à supprimer les bases militaires françaises. Le sacro-saint principe de la «stabilité» des pouvoirs en place a en effet agi comme un puissant frein à la démocratisation. En effet, aux yeux de beaucoup d’Africains, l’interventionnisme armé de la France incarne une nouvelle mission civilisatrice occidentale, rappelant à bien des égards la «pacification» de l’ère coloniale.
La perception négative qu’en ont les populations, en particulier les jeunes et les élites des pays concernés, leur impact sur l’image désormais dégradée de la France, nous obligent à poser la question de la validité et des modalités de notre dispositif militaire in situ.
Si nous sommes convaincus de la justesse de cette analyse, nous devrions alors tenir la ligne suivante:
  • laisser la responsabilité exclusive de la négociation aux Africains
  • ne donner de conseils qu'à leur demande, conseils qui ne portent que sur la recherche de solutions pacifiques négociées
  • tenir nos forces armées déjà présentes, loin, très loin des opérations
  • laisser aux Maliens la responsabilité de sortir leur pays des difficultés actuelles
La racine du mal étant la mal-gouvernance politique et le mal-développement économique, conseiller et aider l'installation de la démocratie en même temps que repenser et réformer profondément notre politique d'aide. C'est une urgence aujourd'hui.
Ensuite, n'est-il pas temps pour la France, de conduire une réflexion pour tenir enfin un discours de lucidité sur le passé de la France en Afrique. Oui le Président de la République a raison : la colonisation, fille utérine de l'esclavage, et donc rien d'autre que la poursuite de l'esclavage sur place, oui, la colonisation est bel et bien un « crime contre l'humanité »! Après le tournant raté du cinquantenaire des indépendances des pays d’Afrique subsaharienne, même l’anniversaire de l’indépendance algérienne ne nous a pas permis de rappeler que le statut des populations colonisées, les indigènes, en Afrique au Nord comme au Sud du Sahara, était totalement incompatible avec les valeurs et la devise de la République. L’appel aux travaux des historiens sur la période coloniale devrait mettre fin aux querelles de la mémoire. De même que les conclusions de la justice sur les causes du génocide rwandais permettront au gouvernement de reconnaître les erreurs du passé.
Enfin, suggérer aux Maliens une réorganisation territoriale par un profond mouvement de décentralisation d'un territoire beaucoup trop vaste( près de 3 fois la France, près de 7500 km de frontières) pour n'être gouverné que par un pouvoir central, faible de surcroît, basé à Bamako, à plus de 2000 km de certains points du pays.
La France devrait donc encourager le pouvoir à initier le dialogue inter-Maliens pour faire du Mali un État fédéral : Touaregs au Nord, avec Tombouctou comme chef-lieu ; Peuls au Centre, avec Mopti comme chef-lieu ; Bambaras et Dioulas au Sud avec Bamako comme chef-lieu. Le pouvoir central toujours sis à Bamako, ne prendrait en charge que le régalien: défense nationale, police nationale, enseignement supérieur, relations internationales...par exemple et délèguerait tout le reste aux pouvoirs régionaux.


Dans un monde qui change, l’Afrique change et la France est aussi sur le chemin du changement. Leurs relations doivent elles aussi changer. La jeunesse africaine porte en elle des aspirations à la liberté, à la justice, à l’égalité et au développement économique. Un printemps africain est en train de naître, la France doit être prête à favoriser son éclosion.