lundi 15 mai 2017

LE FN, FILS UTÉRIN DES FASCISTES EUROPÉENS...

ENTRETIEN MENÉ PAR GAGBEDEKOU, JOURNALISTE TOGOLAIS


EDEM GADEGBEKU (E.G.) : Vous avez lancé, dans le cadre de la dernière ligne droite de la campagne en prélude au second tour de la présidentielle en France, une pétition pour barrer la route de l’Elysée au Front National. Est-ce le Kofi Yamgnane socialiste, ex responsable politique français et européen ou citoyen du monde qui a parlé à cette occasion?
KOFI YAMGNANE (K.Y.): Vous savez, le FN est le fils utérin du fascisme européen des années 1930. C'est aussi le fils naturel de tous ces « Français » qui ont collaboré avec l'ennemi allemand contre lequel se battaient ceux qu'on a appelés « les tirailleurs sénégalais », mais qui étaient aussi tchadiens, congolais, dahoméens, togolais...etc et dont le FN ne veut pas voir aujourd'hui les descendants en France.
Ma condition de citoyen du monde en général, et de fils de l'Afrique en particulier, me demande de livrer contre le FN un combat sans merci...
E.G. : Qu’est-ce qui va fondamentalement changer en France avec l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence française?
K.Y. : Emmanuel Macron est juste âgé de 39 ans : l'histoire coloniale lui est donc totalement inconnue. Il va donc prendre ses relations avec le continent africain comme des relations diplomatiques normales. Il souhaite vraiment en finir avec les séquelles de la colonisation qu'il qualifie de « crime contre l'humanité », ce qui est tout à fait exact, puisque la colonisation n'est rien d'autre que le prolongement de l'esclavage sur place !
Donc je pense que l'heure de la fin de la Françafrique a sonné, ce qui va « civiliser » les relations entre la France (et donc l'Europe) et le continent africain et apporter du même coup un peu plus de sérénité et de paix entre la France et ses immigrés.
E.G. : Faites-nous un portrait « light » d’Emmanuel Macron et du Mouvement «En marche», vus sous vos dehors socialistes…
K.Y. : Emmanuel Macron est un jeune homme intelligent, volontaire...mais pressé, ce qui n'est pas un défaut puisqu'il est en passe de remporter son pari ! Son mouvement En Marche ! lui ressemble beaucoup : pressé ! Pendant longtemps, j'ai pensé qu'ils étaient l'un et l'autre des impostures et que très vite, tout cela allait rentrer dans l'ordre de la latéralisation politique traditionnelle de la France. J'avais simplement oublié qu'il avait pris à ses côtés mon ancien collaborateur, Richard Ferrand, garçon intelligent et très organisé, qui allait additionner son savoir-faire à l'ambition de Macron...et ça marche.
E.G. : Au regard de la férocité du débat du second tour de la présidentielle en France, devrait-on s’attendre à une plus rapide et démultipliée émergence de nouveaux Kofi Yamgnane et Pierre N’gahane dans la société française pour refléter davantage la diversité qui fait la force de l’Hexagone?
K.Y. : Oui absolument, tout cela devrait s'accélérer. J'avais espéré cela déjà de François Hollande, mais j'ai été extraordinairement déçu, puisque de ce point e vue, il a été en deçà même de Nicolas Sarkozy, ce qui n'est pas très flatteur, j'en conviens...Mais tout cela est désormais derrière nous, en tous cas je veux le croire. Des nouveaux Kofi Yamgnane et Pierre N’gahane peuvent donc être naturellement attendus...
E.G. : Quels devraient être les urgents chantiers politiques, économiques et sociaux du nouveau Président français, après le 07 mai 2017?
K.Y. : Forcément ce sont les problèmes qui préoccupent les Français : la politique d'austérité qui a généré et entretenu le chômage et la pauvreté ; la violence des intégristes dont les Français sont très inquiets. La solution à ce dernier ne devrait plus seulement être le combat armé contre Daech ou Aqmi, mais intégrer les causes profondes des mauvaises relations entre les dominés d'hier et les dominateurs. Il s'agit désormais de comprendre que le monde a changé et que si rien n'est fait, le désir de vengeance des colonisés d'hier, la pauvreté et le sous-développement dont se sont rendus coupables les Occidentaux, restera à l'ordre du jour. Il faut donc donner les moyens à ces « damnés de la terre » de se développer chez eux et pouvoir y vivre décemment. Voilà ce à quoi le prochain Président de la République française, membre décisif de l'UE, devrait s'atteler en priorité.
E.G. : Le PS a reçu un coup sur la tête après le 1er tour de la présidentielle 2017 en France. De quelle manière devrait-il se remettre en ordre de bataille en prévision des élections législatives qui vont vite arriver?
K.Y. : Oui le PS est assommé parce qu'il n'a pas compris assez vite les mutations de la société française qui demande davantage de justice et surtout une meilleure redistribution des richesses du pays : le peuple de France n'en peut plus des politiques d'austérité ! Le PS est resté enfermé sur lui-même : nous sommes passés d'un parti de militants (celui de François Mitterrand) à un parti de notables (celui de François Hollande) : nous sommes donc aujourd'hui à la croisée des chemins. Ou bien nous l'aurons compris et alors nous avons l'obligation de procéder immédiatement à une analyse profonde de la société française, savoir pour qui nous devons militer, nous fixer des objectifs de progrès social pour tous les Français, travailler à une réforme profonde de l'Europe : fin de l'Europe de la finance et naissance d'une Europe sociale... Ou bien nous n'aurons toujours rien compris, et alors le PS est condamné à une rapide disparition...
E.G. : C’est la 1ère fois en France, sous la Vème République, qu’un second tour de la présidentielle n’oppose pas la Gauche et la Droite. Quelle lecture faites-vous de la montée en puissance de l’extrémisme politique en Europe et dans le monde occidental ces dernières années?
K.Y. : Non ce n'est pas tout à fait vrai : déjà en 2002, notre candidat, Lionel Jospin, a été éliminé au profit de Jacques Chirac et de Jean-Marie Le Pen ! Cela n'enlève rien à la pertinence de votre question. En réalité, il y a déjà des années que les idées simplistes d'exclusion du FN ont infusé la société française. Quand un Français au chômage, en charge d'une famille à nourrir, soigner et former, est devant son poste TV où il voit un démagogue beugler que le seul responsable de sa situation, c'est l'immigré ; quand un grand responsable politique dénonce « les bruits et l'odeur » des immigrés ; quand le même responsable politique décrit un immigré père de famille, vivant avec 3 ou 4 femmes, une pléthore d'enfants et qui touche 6 000€ par mois sans travailler....ce malheureux Français devant son poste TV reçoit ce discours comme la vérité et bien entendu ne voit plus dans l'immigré qu'un ennemi à abattre. C'est sur ce terreau de mensonges et d'approximations racistes que le FN a poussé. La « lepénisation » des esprits français est désormais bien à l'oeuvre en France.
Ce qui est vrai en France l'est aussi en Allemagne ou en Autriche, comme en Pologne ou dans les États-Unis de Donald Trump...la recherche du bouc émissaire responsable de tous les maux !
E.G. : Principale cheville ouvrière de l’exportation et de l’internationalisation du français dans le monde, l’Afrique en général, et singulièrement l’Afrique subsaharienne, ont été quasiment absentes du débat de la présidentielle française 2017. Comment avez-vous vécu cet état de chose ? Qu’est-ce qui le justifie?
K.Y. : C'es exact que c'est l'Afrique francophone qui porte essentiellement la langue et la culture françaises ; c'est l'Afrique francophone qui donne son poids à la France dans les instances internationales comme l'ONU ; c'est l'Afrique francophone qui fait survivre le nom même de la monnaie française : le franc ! On peut donc s'étonner que l'Afrique soit toujours si absente des débats électoraux français. Mais cela ne peut m'étonner, moi : l'Afrique n'est pas un sujet porteur en France et le candidat qui s'y appesantirait n'en tirerait aucun bénéfice en terme de voix. Il convient de vous dire la vraie vérité : les Français « n'ont rien à cirer » de l'Afrique qu'ils ne voient que comme un continent à problèmes, le continent de tous les excès : excès de violences, excès de climat, excès de démographie, excès d'émigration...etc.
J'ai même assisté à un cours universitaire destiné à des jeunes Français en École de Commerce où le professeur disait : « partez à la conquête du monde ; investissez la Chine, l'Inde, les USA, le Japon, le Brésil...etc, mais surtout oubliez l'Afrique ! Nous y sommes !
E.G. : Vous avez été le «Monsieur Afrique» de la campagne de François Hollande en 2012. Après son élection à l’Elysée, on ne vous a plus vu à l’œuvre !! Qu’est-ce qui explique ce subit effacement de votre part?
K.Y. : Oui en ma qualité de militant et de responsable socialiste, c'était mon devoir de donner à notre candidat ce que je pensais être utile à une politique africaine renouvelée de la France où tout le monde serait gagnant. Je l'ai fait avec beaucoup de bonheur. Lorsqu'ensuite je me suis rendu compte que François Hollande partait en sens complètement inverse de ce sur quoi nous nous étions mis d'accord, j'ai préféré ne pas participer à une politique que je ne pouvais que désapprouver. La simple honnêteté me dictait de m'effacer.
E.G. : Intervention au Mali en 2013, discours musclé à l’égard de Joseph Kabila à la faveur d’un Sommet de la Francophonie à Kinshasa, impuissance de l’Elysée devant le sort des élections contestées au Gabon et au Congo, etc. Quel bilan dressez-vous de la politique africaine du PS sous François Hollande? Que devra-t-on nécessairement améliorer dans cette politique sous le prochain Président français?
K.Y. : Au total, le bilan de la politique africaine de Hollande n'est pas brillant car il ne s'est pas engagé sur la voie de la sagesse et du respect réciproque annoncée. Son intervention militaire dans le massif des Iffogas a été un succès tout relatif à confirmer : veut-il rester ad vitam aeternam au Mali pour en assurer l'unité et la stabilité ? Que va-t-il se passer le jour où l'armée française aura décidé de tourner le dos ?
Pour ce qui est du rétablissement de la paix en République centrafricaine, elle s’avère beaucoup plus complexe par l’implication de la population civile.
Mieux, il a autorisé une multiplication incompréhensible des bases militaires françaises dans le Sahel, d’Atar en Mauritanie à Faya Largeau et Zouar au Tchad, en passant par Tessalit et Gao, au Mali. Et il n'est pas exclu que plusieurs autres postes soient créés plus au nord, en bordure des frontières libyennes, si Hollande reste au pouvoir. Cette présence française renforcée, diamétralement opposée à ce que nous avions dit pendant la campagne de 2012, fait peser sur les pouvoirs africains une pression diplomatique et militaire déterminante. Mais dans quelle intention et pour quel objectif ?
C'est tout cela qui doit changer : Président de la République française, Emmanuel Macron doit tourner définitivement la page de la colonisation, en finir avec les formes plus ou moins subtiles du paternalisme néo-colonial, regarder l'Afrique comme elle est aujourd'hui et pressentir ce qu'elle sera demain, s'appuyer sur les forces qui feront l'Afrique de demain : étudiants, jeunes entrepreneurs, diasporas, chômeurs diplômés, artistes...
E.G. : Le rajeunissement en cours de la classe politique en France et en Europe en général pourrait-il déteindre à court terme sur l’Afrique francophone dans laquelle un grand nombre de chefs d’Etat ont la culture de la longévité au pouvoir? Comment accélérer cette donne?
K.Y. : Ce qui caractérise la démocratie en France et en Europe face aux régimes politiques africains, ce n'est pas tant le rajeunissement de leur classe politique, c'est plutôt l'alternance elle-même, car la jeunesse n'est pas en soi une garantie de démocratie. Ce que je reproche aux gouvernants africains, c'est leur atavisme à vouloir s'éterniser au pouvoir alors même que le monde entier bouge autour d'eux. Je souhaiterais qu'ils comprennent qu'un seul parti, un seul individu ne peut pas pendant 20, 30, 40...ans, se lever tous les matins avec des idées nouvelles pour son pays et pour son peuple. C'est une imposture à laquelle les pays africains doivent mettre rapidement fin s'ils ne veulent pas faire sombrer à jamais leurs pays. Personne ne peut « accélérer cette donne » en dehors des peuples africains eux-mêmes : la balle a toujours été dans leurs camps.
E.G. : Au cours des 50 ans prochaines années, l’Afrique, contrairement aux autres continents du monde, aura une population davantage rajeunie. Quel langage de vérité et quelle politique gagnant-gagnant le prochain Président français doit-il adopter à l’égard de ce «réservoir humain» qui constitue à la fois un défi et une opportunité pour la France?
K.Y. : La question essentielle aujourd’hui est celle de la construction d’un nouveau mode d'échange entre la France et le continent africain tel qu’il apparaît dans sa globalité et dans sa diversité. Car l’Afrique c’est :
- 1 milliard de nouveaux habitants dans 40 ans (dont 50% de moins de 25 ans),
- 700 millions de nouveaux actifs (alors même que l’Europe en perdra 90 millions),
- un impact écologique qui va doubler (après avoir augmentée de 240% en 50 ans) et un potentiel de 326 millions de consommateurs.
L’Afrique c’est aussi :
400 millions de personnes qui vivent avec moins de 1,25 dollars par jour, un manque criant d’infrastructures et de stabilité, une espérance de vie inférieure de 24 ans à celle des pays de l’OCDE et une industrialisation qui ne représente que 11% de la production alors même qu’elle est de 31% en Asie du Sud-Est.
En même temps le décollage économique africain représente une nouvelle donne.
En bref, l’Afrique est devenue un enjeu vital, non seulement pour la France, mais aussi pour l’Europe et pour le monde. En effet, la politique africaine de la France a évolué plus lentement que l’Afrique elle-même, ce qui n'est pas peu dire.
Si elle veut être partie intégrante des relations avec l’Afrique, et se repositionner après un recul sans précédent, la France doit mettre en place une nouvelle stratégie : participer au développement africain et saisir l’opportunité de la croissance africaine. Et pour cela, il faut favoriser la participation des diasporas africaines à la construction d’une nouvelle Afrique-France, à l’opposé de la françafrique.
Oui la croissance africaine existe : elle n’est pas linéaire, elle est mal répartie, elle est injuste, mais elle existe et la France et l'Europe, doivent en prendre conscience.

E.G. : La France sous la Vème République n’arrive toujours pas à offrir un meilleur traitement à ses DOM-TOM vus du continent noir comme un «prolongement démographique historique» de l’Afrique. Le cas de la Guyane est un exemple palpable de cette situation ces derniers mois. Jusqu’à quand les DOM-TOM vont-ils bénéficier d’un développement de seconde zone ou au rabais en France?
K.Y. : Oui les DOM-TOM constituent encore aujourd'hui l'épine douloureuse dans le pied de la France, qui l'empêche de marcher d'un pas plus régulier et davantage en harmonie avec les valeurs républicaines dont elle se réclame depuis 1789. Le déséquilibre en matière d'investissements entre les DOM-TOM et « la Métropole », la différence de traitement entre les ressortissants des DOM-TOM et les ressortissants métropolitains en France même, sont autant de signes inquiétants d'un colonialisme rampant réel mais laborieusement nié par les dirigeants français.
Il est vrai que pour les jeunesses africaines, ces DOM-TOM ne sont rien d'autre que « le prolongement démographique historique » de notre continent. Si la France veut à nouveau être regardée comme la source des valeurs républicaines, elle doit changer son regard sur ses DOM-TOM, ce qui implique le même changement de regard sur le continent-mère.
En ce sens, le choix du développement égalitaire des DOM-TOM et de la Métropole est une absolue urgence pour le nouveau pouvoir en France.

Protocole proposé par Edem Gadegbeku de «aLome.com», portail d’informations sur le Togo appartenant au réseau «aBidjan.net»

mercredi 26 avril 2017

LE SYNDROME DE STOCKHOLM



« Chaque génération doit dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir »
Frantz Fanon : « Les damnés de la terre »

Il est des moments de pure tragédie où l’homme politique tel le roi Christophe de Césaire touche la limite de sa stature et de ses moyens tout en continuant à se mentir à lui-même. Emporté dans son élan et pénétré de sa haute valeur et de sa propre importance il bascule dans le tragique. Il ne voit plus ni le pathétique de son discours ni la manipulation dont il est l’objet.
Il est fait….Comme un rat !
M. Jean-Pierre FABRE lors de son récent passage sur TV5 a offert un de ces rares moments d’émotion intense que seuls savent provoquer les acteurs politiques sur le retour.
Sous les sunlights et des dehors martiaux, il a vaticiné, impuissant, sa mort politique inéluctable.
Méprisé, snobé par le petit Faure, M. FABRE a embouché, comme souvent, le long lamento du chef de file de l’opposition en dépit amoureux. Il ne comprend toujours pas le refus du dictateur de le recevoir malgré ses demandes réitérées. « Il finira par me recevoir » conclut-il piteusement en note d’espoir du soldat vaincu, étalé sous la mitraille par témérité et manque de discernement.
L’appel du pied est clair : jouer sur la corde sensible du peuple. Chevaucher sa compassion et provoquer sa révolte. La manœuvre est puérile et pour tout dire irresponsable.
Monsieur le chef de file de l’opposition (CFO) est dans une servitude volontaire qu’il feint d’ignorer. M. FABRE a fait le choix d’être le chien du roi pour espérer être le roi des chiens.
Ceci en définitive aurait prêté à ricanement et à haussement d’épaules désabusé si seulement dans son sillage il n’entraînait pas autant de togolais dans la débâcle par le choix de l’impuissance et de la résignation.
Oui M. Jean-Pierre FABRE et l’ANC sont tombés volontairement dans un « piège à rats » habilement tendu par le pouvoir en place et qui a pour nom statut de chef de file de l’opposition.
Il s’agit d’un véritable traquenard politique que l’opposition n’a pas su éviter.
Plusieurs raisons justifient ce constat amer. Elles tiennent à la nature intrinsèque d’un tel statut « octroyé » dans le cadre de l’une des plus implacables dictatures que le monde ait connues.
Un chef de file de l’opposition est une figure qui émerge et s’impose sans autre forme de procès. Il ne saurait être nommé par le pouvoir en place. Il est l’émanation d’une opposition unie sur une base programmatique minimale et sur laquelle le CFO a une autorité politique naturelle. M. FABRE ne peut prétendre disposer de l’un ou l’autre de ces leviers essentiels.
On objectera que la loi fondamentale prévoit le statut et que le chef de l’État dispose, en la matière, d’une compétence liée. Mais la loi est mise en application par un décret, acte réglementaire, pris en opportunité par l’autorité investie du pouvoir de nomination. Par parallélisme des formes, il a donc aussi le pouvoir de révoquer à sa guise l’opposant ainsi nommé.
M. FABRE est devenu ipso facto l’obligé du pouvoir dictatorial en place même s’il s’en défend.
Le piège était béant. M. FABRE y a plongé à pieds joints. Un minimum de discernement aurait pu l’éviter.
On ne ruse pas avec une dictature ; on la combat. M. FABRE a pris délibérément le parti de la ruse et de la participation en mettant le doigt dans l’engrenage infernal de la mal gouvernance.
M. FABRE n’aurait jamais dû accepter d’être le CFO. Une vision politique stratégique aurait dû incliner vers le choix d’une autre figure de l’ANC moins exposée que son chef ou même du chef d’un parti d’appoint dans le rôle du CFO. En France M. Balladur a bien été premier ministre en 1993 alors même que le chef de l’opposition de l’époque était M. Chirac. Ce dernier l’est resté et le peuple lui en a su gré en le portant à l’Élysée.
Nos traditions regorgent d’exemples de cette sage orientation. En cas de partage, le rôle du partageur est confié au cadet, étant entendu que l’aîné est appelé de droit à choisir son lot en premier. Y aura-t-il un dommage ? Aucun. Le partage sera le plus équitable possible car réalisé par celui qui prendra le dernier lot.
Le siège de l’ONU ne se trouve-t-il pas à Genève dans la petite Suisse ? Au sein de l’UE les sièges les plus importants n’ont-ils pas été placés dans les plus petits pays de l’Union ? Les responsables ne sont-ils pas prioritairement choisis dans ces mêmes États dits petits ?
M. FABRE aurait dû se souvenir de cette sagesse millénaire et proposer un autre CFO. Il s’en serait sorti grandi et bien plus fort que la Bérézina dans laquelle son entêtement et son hybris l’ont fourvoyé.
L’oubli du souci d’équilibre élémentaire qui conduit à délaisser la règle du « winner takes all » a véritablement affaibli M. FABRE et par-delà sa personne toute l’opposition et tout le peuple togolais.
Cette même tendance a conduit l’ANC et M. FABRE à accompagner un processus électoral massivement frauduleux. Ce qui était largement prévisible puisque les garanties minimales d’une élection digne de ce nom n’ont pas été préalablement apportées. Il s’agit là d’une faute politique majeure que seule semble justifier la griserie d’apparaître comme la figure de proue de l’opposition au Togo. Quitte à se contenter du lot de consolation du CFO tout en entretenant l’ambiguïté de l’opposant qui en réalité ne s’oppose plus à rien.

Les conséquences sont désastreuses
On ne sort guère de l’ambiguïté qu’à ses propres dépens. M. FABRE a manifestement trahi sa mission. Il faut tirer les conséquences et s’effacer pour laisser émerger et éclore une opposition digne de ce nom au régime dictatorial de Lomé.
Car au-delà du mépris manifeste du pouvoir pour la personne de M. FABRE rangé au rang d’accessoire, c’est toute l’opposition qui est durablement paralysée, figée dans une position attentiste, dépendant d’un CFO ficelé. Le pouvoir a beau jeu de le désigner, au gré de ses intérêts, comme l’interlocuteur « légal ».
De plus l’acceptation durable de ce titre annihile toute expression véritable du peuple. Comment sonner la révolte avec un chef si affaibli ? Comment monter à l’assaut d’une dictature si puissamment armée avec un CFO anesthésié ? Comment amorcer le dialogue et conduire la négociation avec un « chef » si méprisé et qui peine à asseoir son autorité perdue par des choix politiques hasardeux et inconséquents ? Le : « il finira par me recevoir » de M. FABRE sonne comme le chant du cygne d’une opposition vaincue qui a évolué en s’affaiblissant tout en renforçant le camp d’en face. Jusqu’à la caricature.
Le clan familial des Gnassingbé qui régente le Togo depuis plus d’un demi siècle a beau jeu de dire que : « en face c’est maïs ». En face c’est surtout incompétence et manque de stratégie politique affirmée.

L’urgence d’une sortie par le haut
M. FABRE et l’ANC s’ils ont un minimum de sens de l’État doivent se rendre à l’évidence que leur action est devenue contre productive et tend désormais à se déployer contre le peuple et sa lutte qu’ils prétendent servir.
Il faut démissionner d’urgence M. FABRE. Il faut quitter ce strapontin empoisonné de CFO. Il faut retrouver, s’il n’est pas trop tard, la place de chef de l’ANC à la pointe du combat aux côtés du peuple. Peut-être retrouverez-vous sa confiance et son indulgence.
Le rôle de CFO dans le contexte politique actuel, sied beaucoup mieux à un parti d’appoint ou à une figure emblématique vieillie. Et si la méfiance l’emportait, pourquoi ne pas confier ce rôle putatif à un jeune lieutenant avec le double avantage pour le chef de retrouver la capacité d’action dans le débat politique tout en préparant une succession digne de ce nom à la tête du parti.
Il faut démissionner. Ce serait aussi un signal fort envoyé au régime en place pour qui « Le piège à con » fonctionne si bien. Ils sont assis dans un fauteuil et y resteront aussi longtemps qu’ils auront un CFO qui « tiendra » si bien le peuple dans sa quête légitime de bien-être.
Ce n’est malheureusement pas l’option prise par le garant oppositionnel de la stabilité du régime. La preuve en est la récente nomination de M. FABRE au conseil national de suivi de la décentralisation (CNSD). Il s’agit d’un énième attrape-nigaud servant à légitimer comme le reconnaît M. FABRE lui-même, les axes institutionnels du maintien au pouvoir du régime RPT/UNIR. (lire le correcteur du 15 avril 2017 interview exclusif de M. Jean-Pierre FABRE). Avec 8 membres, l’opposition comme toujours n’a que la portion congrue. Son poids relatif indique le rôle qui lui est assigné : servir de caution à la forfaiture en cours et rassurer l’opinion internationale sur l’actualité des réformes au Togo.
L'opposition participative n’aura contribué qu’à anesthésier le peuple et à contribuer efficacement à son cocuage.
Quand on n'est pas d’accord on dit NON ! et on cherche la meilleure voie pour sortir de l’engrenage. M. FABRE est consentant. Il est d’accord avec les évolutions en cours. Il n’a pas été nommé par hasard, encore moins par surprise. Il n’est pas douteux que le pouvoir en place a dû avertir l’édile de sa prochaine nomination au sein du CNSD.
Mieux encore, l’ANC a été pressentie pour « proposer » ses représentants au sein dudit conseil. La collusion étroite entre le pouvoir et l’opposition participative est avérée et aujourd’hui manifeste.
M. FABRE est définitivement atteint du syndrome de Stockholm.

Jean-Baptiste K.


mardi 24 janvier 2017

FAURE GNASSINGBÉ AURAIT DONNÉ 5 MILLIARDS CFA (8 M€) À MANUEL VALLS !


Lors de son passage à Lomé, Manuel Valls aurait reçu de Faure Gnassingbé la modique somme de 5 milliards CFA(8 millions€) pour le soutenir dans le cadre de sa campagne présidentielle en France.
Dans un communiqué rendu public ce mardi et destiné à soutenir la grève de trois jours des enseignants, le Parti des travailleurs accuse le président Faure Gnassingbé d’avoir donné une valise de 5 milliards CFA à l’ancien Premier ministre français.
Manuel Valls et la mallette de la Françafrique
Cette somme est destinée à soutenir le Premier ministre Manuel Valls pour sa campagne à la primaire socialiste puis à la présidentielle 2017.
«C’est ainsi que des révélations de sources proches du régime togolais, émanant de personnalités elles-mêmes écœurées par l’incroyable cynisme de Faure Gnassingbé à l’endroit de son propre peuple, indiquent que, lors de son voyage officiel de fin 2016 au Togo, Manuel Valls, alors qu’il était encore Chef du gouvernement français, aurait reçu un « cadeau » de 5 milliards de FCFA pour sa campagne en France en vue de l’élection présidentielle de 2017 dans laquelle il envisageait de s’engager », selon le communiqué du Parti des Travailleurs.
C’est fort de cette « manne » que l’ex Premier ministre français a fait pression pour le retrait de l’actuel locataire de l’Elysée de la course à la présidentielle française.
Détournements de fonds
Selon Monsieur Claude Ameganvi, Président du Parti des Travailleurs, il s’agit d’un vrai détournement de fonds publics car c’est en prévision de ce soutien à M. Manuel Valls que Faure Gnassingbé a fait voter par l’Assemblée nationale un collectif budgétaire de 10 milliards CFA, prétendument pour l'achat de cinq hélicoptères dans le cadre de la «Conférence de la sécurité sur la navigation maritime».
Des hélicoptères introuvables ni au Togo, ni ailleurs, d’après le Parti des Travailleurs, car « n’ayant jamais été achetés ».
Un pays livré à l’étranger
A côté de ce détournement, le gouvernement aurait totalement livré le pays à l’étranger en gageant des biens publics. Voici comment le communiqué détaille ces ventes déguisées de biens publics :
Plus révoltant et aussi incroyable que cella puisse paraître, l’irresponsabilité et la gloutonnerie des membres du régime de Faure EYADEMA-GNASSINGBE les ont conduits à contracter – comme son représentant a dû l’avouer lors de la discussion sur le Collectif budgétaire, gestion 2016 – des prêts dénommés Sukuk d’un montant total de 156 milliards de F CFA auprès de certaines banques islamiques sur la période 2016-2026 en gageant des biens publics.
Il s’agit des bâtiments publics suivants : le site de la Foire Togo 2000, le Commissariat général de l’OTR et son Commissariat des Impôts, le siège de Togo Télécom, le Garage central, le Ministère des Travaux publics, l’UTB, le siège de la LONATO, le siège de la CENI, le Ministère du Commerce, le siège de la SAZOF et la SAZOF-Zone portuaire.
Il n’y a aucun doute que ces prêts, contractés dans l’opacité la plus totale et hors de tout contrôle par les institutions nationales de régulation du fonctionnement de l’Etat, ne s’inscrivent dans aucune logique rationnelle de développement comme celle des infrastructures et besoins scolaires, selon le même communiqué.
Assez d’argent pour payer décemment les enseignants
En conclusion, selon le Parti des Travailleurs, sans la « gloutonnerie » du régime, on pourrait satisfaire les revendications des enseignants et construire des infrastructures sociales.
Difficile, dans ce cas, d’avancer le manque d’argent pour justifier cette rémunération de misère des enseignants togolais. Par conséquent, le Parti des Travailleurs soutient les enseignants et demande au peuple togolais de leur apporter son appui.


jeudi 15 décembre 2016

DÉMOCRATIE TOGOLAISE : DE LA POUDRE AUX YEUX !


François Loncle ou le retour de la France-à-fric

Quand un député socialiste français vole (gratuitement?) au secours de la dernière dictature ouest-africaine.
Depuis ma tribune parue dans le quotidien Le Monde, j'attendais une réplique sans savoir d'où. C'est François Loncle, député socialiste français qui s'y colle.
« ...ses compatriotes togolais constataient qu’il était déconnecté des réalités de leur pays... », dit-il. Or il sait que le pouvoir qu'il encense m'a interdit de me présenter aux élections ! C'était pourtant la seule façon pour lui de vérifier que je suis « déconnecté ». Puisque Kofi n'est ni connu ni aimé de ses compatriotes, pourquoi ne lui permettez-vous pas de se présenter aux élections ? Qu'avez-vous à craindre d'un inconnu déconnecté ?
En fait, je connais mieux que Faure l'état de déliquescence du Togo : l'absence d'eau potable, la faim qui tue, l'insécurité sur les routes, les trafics en tous genres, l'absence criante d'écoles dignes de ce nom, les manifestations réprimées dans le sang, l'obligation pour les jeunes étudiantes de se prostituer pour payer leurs études, l'impossibilité pour les Togolais de se soigner, la torture, oui, la torture dans le secret par les services secrets...etc.

Dialogue avec l’opposition, parlons-en !
Le pouvoir togolais a participé à 22 « dialogues inter-togolais » depuis 20 ans: l'APG négocié à Ouaga en 2006 a été enterré; aucun des 22 engagements pris par le Togo devant l'UE n'a été respecté ; l'interpellation du Togo par l'ONU sur les 500 morts de 2005 est en souffrance sur le bureau de Faure; son propre frère, Kpatcha, est en prison depuis 2009 ; le rapport du Département d’État américain sur les droits de l’Homme au Togo fustigeant un usage excessif de la force par les forces de sécurité, la corruption et l'impunité des responsables publics ; c'est par dizaines de milliers que les jeunes Togolais trainent leur misère sur leurs « zémidjans » ou bien partent en exil... Qu'importe, Faure est un « dirigeant jeune et compétent, il se soucie de moderniser son pays, de réconcilier les Togolais et d’offrir des perspectives à une jeunesse nombreuse... ». À pleurer !

Les avancées politiques : de la poudre aux yeux !
Toutes les élections sont truquées au vu et au su de tous les Togolais : depuis que l'on vote dans ce pays, jamais le RPT/UNIR n'a gagné le moindre scrutin, mais il gouverne depuis près de 50 ans. Cherchez l'erreur!
Quant à la « réforme territoriale et la décentralisation », le Togo a de nombreuses communes dont aucune n'a un maire élu, six régions dont aucune n'a une assemblée élue, 39 préfectures dont aucune n'a une assemblée territoriale élue et ce depuis... 1983 !
Oui, le gouvernement togolais a créé un statut de « chef de file de l'opposition » attribué à M. Fabre. Grossière manœuvre pour tenter de bipolariser le débat politique au Togo. Inadmissible ! Pourriez-vous révéler aux lecteurs de JA le nom du « chef de file de l'opposition » en France, avec un statut officiel ?
Pouvez-vous demander à votre « dirigeant jeune et compétent », pourquoi le Togo est le seul pays d'Afrique dont la diaspora n'a pas le droit de vote ? Est-ce là une avancée politique ?

Une économie en marche : pour qui ?
Sur le plan économique, M. Loncle pointe « ... une croissance soutenue qui s’établit, depuis cinq ans, à 5,6% en moyenne... ». Si cela était vrai, à qui a profité cette croissance? Les femmes togolaises meurent toujours en couche ; la mortalité infantile est toujours aussi préoccupante car très loin des objectifs de l'OMD n°4 (1990/2015) ; toujours pas de possibilité de faire des opérations chirurgicales au « CHU » de Lomé par manque d'eau propre ; le chômage est désespérant ; les établissements scolaires sont en grève parce que les enseignants ne sont pas payés ; la pauvreté galope...Dans quelles poches est donc passé l'excédent de PIB produit par cette croissance ?

Discriminations et impunité
Les discriminations que vous admettez du bout des lèvres ne concerne pas seulement les femmes ? Les discriminations ethniques sont criantes et le journaliste Alex Koffigan pointe : « Depuis des décennies le phénomène perdure et s’accentue d’année en année pour le recrutement et l’engagement dans la fonction publique. Le constat fait dans ce domaine est amer, impensable, incroyable et révoltant. Car le Togo n’appartient qu’à une seule ethnie sur tous les plans à tel point que quand on va dans les administrations, on est accueilli d’abord en langue kabyè ». En effet, l'ethnie du président est présente dans toutes les administrations à hauteur de 80% en moyenne(jusqu'à 93% dans l'armée!). Ainsi de glissement en glissade, le Togo est passé de « démocrature » à « ethnocrature » avec tous les germes soigneusement entretenus de potentiels conflits ethniques meurtriers.
Quant à l'impunité, vous qui connaissez si parfaitement les réalités togolaises, pouvez-vous dire aux Togolais qui a tué les lycéens de Dapaong, Douti Sinalengue et Anselme Sinandare ? Qui a tué 9 jeunes manifestants à Mango ? Qui a ruiné les commerçants de Kara et de Lomé en incendiant les marchés de ces deux villes ? Tous ces crimes sont restés impunis : voilà une autre réalité du Togo !
Le pouvoir togolais est une parodie de démocratie. Pays en trompe-l’oeil dont le décor est à l’image des fameux « villages Potemkine » dont les façades en bois et carton sont faites afin que l'impératrice Catherine II de Russie retire une impression favorable de son séjour en Crimée. Décors de carton-pâte que le vent de l'histoire se chargera de souffler pour mettre à nu ce régime.
Sur le fond, personne, pas même vous, ne se fait d’illusion sur la nature du régime togolais mais, pas un pays européen, et surtout pas la France, n’est prêt à faire quoi que ce soit pour que ça change. C’est que la communauté internationale a des indignations à géométrie variable...

Mitterrand au secours !
Non, je ne nourris aucune amertume contre qui que ce soit. Je suis simplement meurtri que mon pays en soit là. Oui, j'ai une ambition pour mon pays, c'est de le faire changer pour le transformer en terre de paix, de justice, de liberté... pour que mes concitoyens vivent un peu mieux dans une société nouvelle sans violence, sans discrimination, sans crime politique et sans impunité.
Pour ce qui vous concerne, j'éprouve un véritable sentiment de dégout et de honte à vous découvrir ainsi... Vous que je considérais comme un ami, et que j'ai amené au Togo pour vous présenter mon pays et même mon village natal... Votre papier de propagande ne vous honore pas et il ne trompe aucun Togolais ni sur sa nature ni sur son origine ; vous ne trompez personne d'autre que vous-même sur la dictature qui s'est abattue sur mon pays depuis près de 50 ans.
Notre mentor à tous les deux, celui qui nous a nommés dans un même gouvernement de la France, François Mitterrand, a dû faire 1000 et 1 tours de honte sur lui-même dans sa tombe, en découvrant ce texte que vous avez été capable de signer.

Kofi Yamgnane
Président de SURSAUT


samedi 3 décembre 2016

EXIT YAHYA JAMMEH, LE DICTATEUR GAMBIEN!

Yahya Jammeh, le président gambien a été sorti! Un rêve éveillé!
À quand la sortie de Faure, son frère jumeau togolais?
Les oppositions togolaises sont-elles enfin prêtes à se donner un candidat unique comme les Gambiens?
Fabre, Agbéyomé, Agboyibo, Gogué et...tous les autres, acceptez-vous enfin de vous considérer comme co-responsables de la souffrance des Togolais? Êtes-vous enfin prêts à mettre en veille vos ego et vous choisir un candidat unique pour battre Faure.
Par pitié répondez-moi car c'est alors au peuple togolais que vous répondriez. N'est-ce pas son insistante et permanente demande depuis près de 30 ans?

lundi 21 novembre 2016

TOGO: 13 NOVEMBRE 2016, DIMANCHE NOIR EN PAYS BASSAR



Braquage à Guérin-Kouka : 4 personnes grièvement blessées, dont un enfant.

En septembre 2014, l'Administration togolaise de la Justice m'oblige à faire 4 allers-retours Lomé-Bassar en 3 jours successifs pour la mise en conformité de mon acte de naissance.
Le 3e jour, sortant de la Cour d'Appel de Lomé vers 16:00 heures, je décide de prendre la route pour Bassar. Très inquiets, mes amis me le déconseillent vivement : « ...ne sais-tu pas que le phénomène d’insécurité est très prégnant sur tout le territoire togolais ? Au large de Notsé, il y a des coupeurs de routes et tu n'arriveras jamais à Bassar...N'y va pas. C'est vivant que le Togo a besoin de toi, pas mort... »
Je décide de partir, mais je prendrai vite conscience de mon imprudence à mes dépens : il n'y a pas que Notsé qui est concerné ! Depuis des années, il ne se passe pas une semaine sans que ma région natale n’enregistre ces actes de grand banditisme indignes d'un pays gouverné ! Ainsi ce mois de septembre 2014 a marqué durablement ma vie. En effet reparti pour Lomé en milieu d'après-midi, je n'étais même pas encore arrivé à Malfakassa quand j'apprends par téléphone qu'un braquage venait d'avoir lieu juste à la sortie de Bassar vers Sokodé, perpétré par un lieutenant des FAT, coutumier de trafics de carburants frelatés ! C'est lui-même qui aurait abattu d'une rafale de mitraillette le Commandant de la Brigade de gendarmerie placé sous ses ordres et appelé sur les lieux par des témoins. Je crois rêver !
C'est exact, les scènes se déroulent souvent sur les axes Dimori-Bitchabé, Bitchabé-Bangéli, Bangéli-Kabou, Kabou-Danpken, Tankpa-Bassar, Bassar-Sokodé. Des individus lourdement armés et sans état d’âme tirent sur les véhicules de transport et leurs passagers. Cette fois-ci, le drame a eu lieu au droit du village de Nawaré, entre Kouka et Kabou : 4 blessés graves par balles, dont une fillette de 6 ans. Les assassins étaient lourdement armés avec des fusils d'assaut, des armes de guerre. D'où les tiennent-ils ?
Fort d'un effectif de près de 15 000 hommes aujourd’hui, auxquels il faut ajouter les gendarmes, les policiers, les douaniers...etc, avec une montée régulière des dépenses militaires, avec un ratio de 1 militaire pour 250 habitants environ, le Togo est le pays le plus militarisé du monde ! À quoi sert une telle pléthore d'hommes en tenue ? Comment expliquer qu'une telle armada ne soit pas capable d'assurer la sécurité de 6 millions de Togolais répartis sur un territoire à peine grand comme une Région de France ?
Tous les Togolais se posent ces questions mais moi je les pose à Monsieur Faure Essozimna Gnassingbé, président de la République, Chef de l'État togolais et Chef suprême des Armées : ne pensez-vous pas déraisonnable et ridicule de réunir à Lomé un Sommet de l'UA pour prétendument sécuriser les océans alors que votre pays et ses habitants tombent tous les jours sous les balles de malfrats ?
Vos préfets de Bassar et de Dankpen sont des colonels des FAT. On eût pu espérer que ces 2 hauts dignitaires de l'armée nationale assurassent, mieux que quiconque, la sécurité des citoyens placés sous leur autorité. Mais non, ce n'est pas le cas et c'est même le contraire : nos 2 acolytes ne cessent de bomber le torse et montrer leurs biceps uniquement pour terroriser mes frères paysans.
En particulier, celui de Dankpen est allé jusqu'à les obliger à laisser détruire leurs récoltes par les troupeaux transhumants des peuls et se créer un cheptel de plusieurs troupeaux grâce aux bêtes de ces derniers, gracieusement laissées pour « services rendus » ! De plus, ce colonel-préfet s'est rendu « célèbre » pour de multiples atteintes aux droits de l'Homme :
  • en avril 2006, il a été dénoncé par Amnesty International pour des violences inhumaines sur le compatriote Komi Tabini et et ses 5 malheureux compagnons,
  • le colonel-préfet Dadja Manganawè est un spécialiste réputé en matière électorale : gonflement du fichier électoral, achat de conscience des électeurs, intimidation des militants de l’opposition, arrestation et détention arbitraires, bourrage des urnes, expulsion des délégués de l’opposition des bureaux de vote, falsification des procès-verbaux et j’en passe.
  • le colonel-préfet Dadja Manganawè s'est rendu coupable de faux, faux en écriture, usage de faux, faux témoignage... en accusant le député Targone de mille maux : « ...trouble à l’ordre public, violences volontaires, complicité de violences volontaires, homicide volontaire, complicité d’homicide volontaire, destructions volontaires par incendie, complicité de destructions volontaires par incendie, vol qualifié et complicité de vol qualifié... »
  • le colonel-préfet Dadja Manganawè s'est autoproclamé « procureur » pour juger et condamner ses sujets comme bon lui semble et ce n'est pas les juges Adjéwoda, Toké, Troitre et autres qui me démentiront...ils ont payé pour le savoir, chacun à sa manière !
  • le colonel-préfet Dadja Manganawè, usant de sa brutale autorité, a aussi tenté d'entrainer dans sa folie terroriste, différents Commandants de Brigade de la gendarmerie pour terroriser des villages entiers : Nabouré, Kidjaboune, Katchamba, Nawaré, Kourkpong et surtout Nandouta… réputés acquis à l’opposition.
  • en un mot comme en mille, nommé là en 2001, le capitaine Dadja Manganawè se révèle très vite en tortionnaire : usage disproportionné de la force, mépris absolu des hommes et de leurs coutumes et mépris absolu des lois de la République.
  • à Kouka, il est à la fois militaire, administrateur, juge et flic : un monarque 

    absolu! Il est sur tous les fronts : il exploite du bois, gère la caisse de la 


    préfecture, pêche illégalement dans les zones interdites par les coutumes 



    locales, extorque les biens des populations pour qui il est rapidement perçu 


    comme un véritable symbole de la peur et du ressentiment.
  • très corrompu et très obscur, il traite avec les personnes les plus controversées et les bandits notoires de la préfecture
Comment pouvez-vous, Monsieur Faure Essozimna Gnassingbé, président de la République, laisser chez nous depuis autant d'années des préfets aussi inefficaces que nuisibles ? Jusqu'à quand comptez-vous les maintenir en poste ? Jusqu'à la révolte violente de populations qui n'en peuvent plus ?
Monsieur Essozimna Faure Gnassingbé, président de la République, mettez un terme à la grande souffrance de mes parents...ils vous en sauront gré.


Kofi Yamgnane
Président de Sursaut





mardi 1 novembre 2016

MAIS QU'EST DONC ALLÉ CHERCHER VALLS EN AFRIQUE?


Voici une réponse d'un journal du continent...
Liberté(Quotidien togolais)
N°2309 du Lundi 31 Octobre 2016



Visite (de travail) du PM français au Togo


Éditorial
Au-delà des arguments officiels avancés, des suspicions légitimes
Le Premier ministre(PM)français était à Lomé en fin de semaine passée. Manuel Valls était officiellement en visite de travail, et bien d’activités ont meublé son séjour.
Cette venue au Togo est placée dans le cadre d’une mini-tournée dans la sous région devant le conduire à Accra au Ghana et à Abidjan en Cote d’Ivoire. Mais appréhendée à l’aune du contexte politique en France, notamment celui de l’élection présidentielle, la visite au Togo du chef du gouvernement français soulève bien de suspicions légitimes.

Coopération bilatérale, inaugurations tous azimuts...
Comme annoncé depuis des jours, Manuel Valls est arrivé vendredi passé dans l’après-midi à Lomé. Accueilli par son homologue togolais Komi Sélom Klassou, il a mis le cap tout de suite sur le Palais de la Présidence où il a eu un entretien avec Faure Gnassingbé. Coopération bilatérale, situation dans la région ouest africaine...telles sont les questions qui auraient été au menu des entretiens entre le Premier ministre français et les autorités togolaises. Il aurait été aussi question de contrats, et Manuel Valls était accompagné d’une délégation composée de ministres, de parlementaires et d’opérateurs économiques français.

Le séjour du chef du gouvernement français n’était pas constitué que d’entretiens et ne s’est pas déroulé que dans les bureaux de la Présidence ou de la Primature. Manuel Valls est sorti sur le terrain, et a procédé à l’inauguration de nouveaux bâtiments à l’Institut français et au Lycée français de Lomé; il a visité le centre d’aide sociale Saint-André à Adéticopé, le port de Lomé et posé la première pierre du Centre d’enfouissement technique de déchets solides de la capitale à Aképé, un projet conjointement financé par la Banque ouest africaine de développement (BOAD), l’Union européenne (UE), l’Agence française de développement (AFD) et la Délégation spéciale de la ville de Lomé. Officiellement, ce sont les activités qui ont meublé le séjour au Togo de Manuel Valls.
On ignore la portée que Faure Gnassingbé a voulu donner à cette visite, mais on note que même Emmanuel Shéyi Adebayor(footballeur internationalement connu!) était embarqué dans la sortie du PM français sur le terrain.

Des clins d’œil au pouvoir de Lomé
«Nouvelle ère?», c’est en tous cas sous ce prisme que le Premier ministre français conçoit la coopération entre son pays et le Togo.
À l’entendre, la France veut renforcer ses liens traditionnels avec notre pays.
« Je dirais plutôt que c’est un retour à la normale! Et une volonté: la France veut donner une nouvelle dimension à sa relation avec le Togo», a-t-il déclaré quelque temps avant son arrivée dans nos murs.
Des mots qui font chaud au cœur des gouvernants en place? Il en a eu! Et beaucoup! C’est un Premier ministre plutôt admiratif du régime de Lomé que l’on a entendu dans ses interventions.
« Votre pays change, il avance, il progresse. Nous voulons l’accompagner. Il faut plus de présence française, plus d’échanges, plus de coopération. La France et le Togo doivent réfléchir ensemble, très concrètement, domaine par domaine. C’est la raison de ma venue à Lomé », « Le Togo change, il change dans le bon sens. La France croit au Togo et la France veut une relation plus forte avec le Togo», a-t-il déclaré, rendant hommage au pouvoir en place pour, à ses yeux, les progrès accomplis par le Togo en matière de démocratie et de bonne gouvernance, son action diplomatique et sa détermination à lutter contre le terrorisme, entre autres propos laudatifs à l’endroit de son hôte. Faure Gnassingbé n’en demandait pas tant!... et il le lui a bien rendu, avec tout le folklore qui a entouré le séjour de son hôte, un (simple) Premier ministre reçu comme « Un Prince à New York »...
il ne manquait que l’animation politique formelle pour que l’ambiance soit complète...
Au-delà du pouvoir en place, c’est à tout le continent que le Premier ministre français a fait un clin d’œil. « (...) L’Afrique est le continent de l’avenir – c’est ma conviction profonde, et c’est d’ailleurs mon quatrième déplacement sur ce continent en tant que Premier ministre. La croissance de demain se joue en Afrique de l’Ouest. Et l’économie togolaise est pleine d’opportunités ! La France croit dans le Togo. C’est ce message que je veux porter auprès notamment des entreprises françaises », a-t-il dardé.

Une présence entourée de suspicions
Les relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique sont devenues plus secrètes, sournoises et maffieuses après les indépendances ; ce qu’on désigne par le vocable Françafrique. Et la visite d’un dirigeant français de haut niveau dans une de ses anciennes colonies est toujours entourée de suspicions plus ou moins légitimes, les populations y voyant des raisons cachées au-delà des officielles souvent avancées. Certains la comparent à une visite ou à un coup de fil d’une ancienne copine de jeunesse à son ex-ami et qui se conçoit comme une requête indirecte adressée à ce dernier...Faut-il le rappeler, la visite d’un Premier ministre au Togo remonte à des décennies, avec Michel Rocard qui était dans nos murs, et cette présence de Manuels Valls n’échappe pas à des interrogations.
Pour un dirigeant français qui, en janvier seulement, abordait la question de l’élection d’Ali Bongo à la présidence du Gabon et le disait pas élu « comme on l’entendait », c’est-à-dire pas démocratiquement, se fondre en éloges à l’endroit de Faure Gnassingbé parvenu au pouvoir dans les mêmes conditions ou même
plus pour fermer les yeux sur les élections locales et les réformes
constitutionnelles et institutionnelles de l’Accord politique global (APG) et même préparer son 4e, puis son 5e , puis...nième mandat au pouvoir.
Les observateurs avisés des « coups de main» de certains régimes africains aux présidents français pour leur réélection, et notamment des transferts de fonds, loin des yeux et des regards indiscrets, parfois dans des mallettes et/ou djembés bourré(e)s de fric comme contribution à l’effort de guerre (sic), font vite le lien avec le contexte politique en France marqué par les grandes manœuvres pour l’élection présidentielle de 2017 en France pour laquelle le président actuel François Hollande et le parti au pouvoir sont dans de beaux draps.
Pour nombre d’entre eux, la tournée ouest-africaine de Manuel Valls a des senteurs d’une « campagne de collecte de fonds ».
À certains qui pensent qu’il était là juste en émissaire pour apporter le butin (sic) à qui de droit –suivez les regards-, s’adjoignent d’autres qui glosent déjà : « Valls fait des pieds et des mains pour démontrer que Hollande est hors jeu pour les élections et il œuvre pour que les éventuels candidats de Gauche se rangent derrière lui ».
En tout cas, cet intérêt du Premier ministre français au Togo ne devrait qu’arranger Faure Gnassingbé.
Comme s’il pressentait une suspicion de sa visite, Manuel Valls a déjà anticipé et balayé d’un revers de la main les critiques de relations françafricaines :
« Il n’y a entre la France et l’Afrique francophone aucun « pré carré », mais des liens privilégiés – c’est une histoire, une langue que nous avons en partage. Ces liens sont une chance, et nous voulons les entretenir, même s’ils ne sont bien sûr pas exclusifs. Nous développons donc nos contacts avec tous les pays d’Afrique ; et je me rendrai, après Lomé, à Accra. Notre relation avec l’Afrique, c’est cet héritage ... »
.
Au demeurant, c’est bien curieux que le Premier ministre français se donne la peine de faire le déplacement de Lomé pour des inaugurations d’infrastructures socio-éducatives n’ayant rien de stratégique et que l’ambassadeur de la France au Togo aurait pu gérer.
Autre curiosité assez parlante, pour une visite dite de travail, le Premier ministre français s’est gardé de toute déclaration au sortir de son audience avec Faure Gnassingbé...
Signé: Tino Kossi


Article en page intérieure
    M.Valls, voici les changements...
    dont rêvent les Togolais!
«Il ne peut y avoir de développement sans démocratie» (François Hollande)

Lors de son déplacement au Cameroun en juillet 2015, François Hollande laissait entendre qu’«il ne peut y avoir de développement sans démocratie». La démocratie est un facteur qui est déterminant pour le développement des jeunes nations d’Afrique. Le président français rejoint ainsi les grands défenseurs de l’idéal démocratique pour qui il ne peut pas y avoir de développement sans démocratie préalable.
Pour nous autres Togolais qui n’avons connu qu’une seule famille, les Gnassingbé, pour nous qui vivons depuis un demi-siècle dans la dictature du père puis du fils, quand nous entendons parler de la France, les valeurs qui reviennent c’est la démocratie, la bonne gouvernance, la justice, l’État de droit, les libertés...etc. Ces valeurs qui nous font tant rêver ne sont qu’un leurre au Togo des Gnassingbé.
Manifestement, pour la première et probablement dernière visite de Manuel Valls au Togo, les intérêts économiques ont pris le pas sur la démocratie. Les questions des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales et de la décentralisation qui préoccupent les Togolais depuis plusieurs mois, ont été peu, et même pas du tout en public, évoquées par le Premier ministre français.
Pour Manuel Valls qui tançait, il y a quelques mois, le président gabonais Ali Bongo d’être mal élu, c’est assez étonnant qu’il se plaise à s’afficher aussi fièrement aux côtés de Faure Gnassingbé et à se laisser même aller à quelques envolées à l’endroit de son hôte.
« Le Togo change dans le bons sens (...) Comment ne pas déjà ressentir les vibrations et les transformations ? Comment ne pas voir qu’une Afrique nouvelle se dessine et se prépare ici ? Monsieur le Président, vous faites avancer ce pays avec patience, avec détermination pour qu’il rattrape le temps perdu lors des années difficiles. Et vous avez eu à cœur, et c’est comme ça que l’on reconnaît les grands dirigeants, de favoriser la réconciliation des Togolais entre eux et avec leur peuple», a-t-il déclaré.
Peut-être que l’ancien maire d’Évry fait-il allusion au fait que certaines artères de Lomé sont réhabilitées ou construites ? Comme le dit si bien Laurent Duarte, coordinateur de la campagne «Tournons la page», «100 kilomètres de routes goudronnées ne feront jamais un bilan politique ».
En tout cas, il n’y a aucun mérite après 50 ans de règne sans partage, à construire des « ruellettes » qui ne sont pas dignes de Lomé la capitale, mais plutôt de petites villes de l’intérieur.
Le changement dont rêve l’écrasante majorité des Togolais est de pouvoir manger à leur faim, de pouvoir s’éduquer, se soigner, se loger, se vêtir, de pouvoir bénéficier d’une juste et équitable répartition des ressources et richesses du pays, de pouvoir choisir librement leurs dirigeants au cours d'élections démocratiques, libres et équitables. Les gouvernants étant au service du peuple, il est légitime de les remplacer quand le peuple estime qu’ils ne remplissent plus leur mission. Mais cette possibilité n’existe pas au Togo. Et dans un pays où l’espérance moyenne de vie est de 56 ans (données de 2012), il est donc possible de naître et de mourir en n’ayant connu qu’un seul président, Gnassingbé.
Manuel Valls sait-il que dans la Communauté de l’UEMOA qui rassemble huit (8) pays francophones de la sous-région, le seul à ne pas connaitre l’alternance politique depuis 50 ans est le Togo ? Sait-il que le Togo est le seul pays à ne pas avoir une limitation du mandat présidentiel? Sait-il que le Togo demeure le seul pays dans la sous-région à ne pas avoir une élection présidentielle à deux tours ? Sait-il que le Togo est le seul dans la sous-région à ne pas réaliser la décentralisation de ses institutions locales ?
Voilà les changements que nous voulons. Pour ce qui est des routes, elles viendront d’elles-mêmes...

Signé: Médard AMÉTÉPÉ