mercredi 25 février 2015

TOGO: UN BILAN PEU FLATTEUR!



Une démocratie en trompe-l'oeil
Depuis l’élection présidentielle du 4 mars 2010, le climat politique au Togo n’avait cessé de se dégrader. Au déclin du débat politique s’ajoutaient de nombreuses dérives du pouvoir: violations des droits de l'Homme, cas de torture, impunité, dénis de droits et de justice, entraves aux activités des partis, etc..

Les conclusions des différents dialogues, notamment l’Accord Politique Global (APG) d’août 2006, les recommandations de la mission d’établissement des faits des Nations Unies de 2005, celles des missions d’observation électorale de l’Union européenne en 2007 et en 2010, sont globalement demeurées lettres mortes. La continuité d’un pouvoir corrompu de type dictatorial, privilégiant l’ethnocentrisme, est décriée par une population qui aspire au changement.

Le régime togolais présente les apparences d’une «démocratie cosmétique» alors que les fondements de la dictature du Général Eyadema ont été consolidés par son fils, Faure Gnassingbé lui-même.

L’illégitimité du pouvoir est patente et se caractérise par :
- une succession dynastique: lors de la prochaine élection présidentielle, en 2015, les Gnassingbé père et fils auront présidé 48 ans durant;
- un découpage électoral sur mesure, défavorisant outrageusement le sud;
- des élections présidentielles en 2005 et 2010 aux résultats contestés car entachées de fraudes. Pour que les futures élections traduisent la volonté populaire, peut-être conviendrait-il d’impliquer les Nations Unies comme en RCI.

L’inféodation des corps constitués (cour constitutionnelle, cour suprême, commission électorale nationale indépendante, haute autorité de l’audiovisuel et de la communication, commission nationale des droits de l’Homme, cour des comptes, etc.) conduit à leur instrumentalisation et à la violation des lois et dispositions constitutionnelles, la séparation des pouvoirs ne demeurant qu’un concept virtuel.

Le pillage ou le bradage des ressources nationales (port autonome de Lomé, phosphates, douanes, impôts, or, marbre, clinker) et l’appropriation de l’argent de l’État par le clan kabyè, soutenu par l’armée, se poursuit. Le Togo figure ainsi parmi les 35 pays les plus corrompus (Transparency International, 2010) et d’aucuns ont pu qualifier ce système économique de «libéralisme mafieux»

Une répression toujours irrationnelle des manifestations pacifiques par les forces de l’ordre et une résurgence sporadique des milices qui, avec leurs provocations, tentent d’exploiter les divisions ethniques par une instrumentalisation politique du tribalisme, cherchent à créer une psychose afin de démobiliser la contestation et neutraliser l’opposition.

Depuis 2005, l’image nationale et internationale du Président Faure Gnassingbé (un Chef d’État autiste, terré dans ses palais, communiquant peu, jouisseur entouré de conseillers-courtisans corrompus et de maîtresses, cultivant avec insolence un luxe ostentatoire, friand de ripailles, de prodigalités et de voyages d’agrément à l’étranger) n’a eu de cesse de se dégrader et de se dévaluer. Car tel est, au Togo, « démocratie en trompe- l’œil », « démocratie apaisée », comme diraient d'aucuns le paradoxe d’une gouvernance dans l’opulence qui contraste avec la misère persistante de la population : ainsi, déjà, selon Forbes, la fortune personnelle du Général Eyadema était évaluée en 2005 à 4,5 milliards de dollars, soit alors le triple de la dette extérieure du pays ou encore 4 années budgétaires du pays.
Le « Prince » a raté l’occasion de conclure un contrat social avec le peuple, qu’il aurait fondé sur la construction d’un autre Togo au moyen d’une véritable réforme de l’État.
Un pouvoir qui se nourrit des divisions de l'opposition
Le dialogue entre un pouvoir qui se nourrit des divisions de l'opposition et ne peut concevoir l’éventualité même d’une alternance, et cette même opposition qui s’est radicalisée, demeure dans une impasse. Toute proposition de négociation semble désormais arriver trop tard et l’appel à une médiation, si possible internationale, traduit bien l’ampleur de la crise de confiance entre les différents acteurs de la scène politique.

Dans une logique de conservation du pouvoir, après que l’UFC de Gilchrist Olympio (ou plutôt ce qu’il en reste) eût signé, fin mai 2010, « la paix des braves » et accepté de participer au gouvernement, l’objectif de la nouvelle formation politique UNIR, qui a succédé au RPT, est de phagocyter progressivement les autres partis.

Bénéficiant d’une popularité réelle, Jean-Pierre Fabre, président de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), est désormais le leader de l’opposition, certes contesté car la majorité des Togolais doute de ses qualités de rassembleur. Sa figure est restée celle de l’activiste et de l’agitateur sans vraiment prendre celle qui incarnerait l’alternance. L’homme est davantage à l’aise dans la contestation que dans la proposition. Il compte certes arriver au pouvoir par les urnes (son parti a désormais le plus grand nombre de députés parmi les formations politiques de l’opposition), mais tout en restant sur des postures de contestataire, ce qui est parfaitement antinomique.

L’alternance démocratique paraît difficile à conquérir alors que le Président sortant, qui dispose à profusion des moyens de l’État, affronte en permanence une opposition en manque de stratégie, en proie à des querelles intestines, victime d’une guerre des ego, et donc incapable de se doter d’une candidature unique, seule clé d’une possible victoire dans un scrutin à un seul tour.
Telle est aujourd'hui la situation objective du Togo qui s'apprête pourtant à aller au scrutin présidentiel le 15 avril 2015 : il n'est pas déraisonnable de penser que les « dés sont pipés ».
Alors pourquoi l'opposition, par sa participation au scrutin, se prête-t-elle à ce jeu de légitimation objective par elle-même d'un pouvoir dont le peuple ne veut pas ?















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