mardi 1 novembre 2016

MAIS QU'EST DONC ALLÉ CHERCHER VALLS EN AFRIQUE?


Voici une réponse d'un journal du continent...
Liberté(Quotidien togolais)
N°2309 du Lundi 31 Octobre 2016



Visite (de travail) du PM français au Togo


Éditorial
Au-delà des arguments officiels avancés, des suspicions légitimes
Le Premier ministre(PM)français était à Lomé en fin de semaine passée. Manuel Valls était officiellement en visite de travail, et bien d’activités ont meublé son séjour.
Cette venue au Togo est placée dans le cadre d’une mini-tournée dans la sous région devant le conduire à Accra au Ghana et à Abidjan en Cote d’Ivoire. Mais appréhendée à l’aune du contexte politique en France, notamment celui de l’élection présidentielle, la visite au Togo du chef du gouvernement français soulève bien de suspicions légitimes.

Coopération bilatérale, inaugurations tous azimuts...
Comme annoncé depuis des jours, Manuel Valls est arrivé vendredi passé dans l’après-midi à Lomé. Accueilli par son homologue togolais Komi Sélom Klassou, il a mis le cap tout de suite sur le Palais de la Présidence où il a eu un entretien avec Faure Gnassingbé. Coopération bilatérale, situation dans la région ouest africaine...telles sont les questions qui auraient été au menu des entretiens entre le Premier ministre français et les autorités togolaises. Il aurait été aussi question de contrats, et Manuel Valls était accompagné d’une délégation composée de ministres, de parlementaires et d’opérateurs économiques français.

Le séjour du chef du gouvernement français n’était pas constitué que d’entretiens et ne s’est pas déroulé que dans les bureaux de la Présidence ou de la Primature. Manuel Valls est sorti sur le terrain, et a procédé à l’inauguration de nouveaux bâtiments à l’Institut français et au Lycée français de Lomé; il a visité le centre d’aide sociale Saint-André à Adéticopé, le port de Lomé et posé la première pierre du Centre d’enfouissement technique de déchets solides de la capitale à Aképé, un projet conjointement financé par la Banque ouest africaine de développement (BOAD), l’Union européenne (UE), l’Agence française de développement (AFD) et la Délégation spéciale de la ville de Lomé. Officiellement, ce sont les activités qui ont meublé le séjour au Togo de Manuel Valls.
On ignore la portée que Faure Gnassingbé a voulu donner à cette visite, mais on note que même Emmanuel Shéyi Adebayor(footballeur internationalement connu!) était embarqué dans la sortie du PM français sur le terrain.

Des clins d’œil au pouvoir de Lomé
«Nouvelle ère?», c’est en tous cas sous ce prisme que le Premier ministre français conçoit la coopération entre son pays et le Togo.
À l’entendre, la France veut renforcer ses liens traditionnels avec notre pays.
« Je dirais plutôt que c’est un retour à la normale! Et une volonté: la France veut donner une nouvelle dimension à sa relation avec le Togo», a-t-il déclaré quelque temps avant son arrivée dans nos murs.
Des mots qui font chaud au cœur des gouvernants en place? Il en a eu! Et beaucoup! C’est un Premier ministre plutôt admiratif du régime de Lomé que l’on a entendu dans ses interventions.
« Votre pays change, il avance, il progresse. Nous voulons l’accompagner. Il faut plus de présence française, plus d’échanges, plus de coopération. La France et le Togo doivent réfléchir ensemble, très concrètement, domaine par domaine. C’est la raison de ma venue à Lomé », « Le Togo change, il change dans le bon sens. La France croit au Togo et la France veut une relation plus forte avec le Togo», a-t-il déclaré, rendant hommage au pouvoir en place pour, à ses yeux, les progrès accomplis par le Togo en matière de démocratie et de bonne gouvernance, son action diplomatique et sa détermination à lutter contre le terrorisme, entre autres propos laudatifs à l’endroit de son hôte. Faure Gnassingbé n’en demandait pas tant!... et il le lui a bien rendu, avec tout le folklore qui a entouré le séjour de son hôte, un (simple) Premier ministre reçu comme « Un Prince à New York »...
il ne manquait que l’animation politique formelle pour que l’ambiance soit complète...
Au-delà du pouvoir en place, c’est à tout le continent que le Premier ministre français a fait un clin d’œil. « (...) L’Afrique est le continent de l’avenir – c’est ma conviction profonde, et c’est d’ailleurs mon quatrième déplacement sur ce continent en tant que Premier ministre. La croissance de demain se joue en Afrique de l’Ouest. Et l’économie togolaise est pleine d’opportunités ! La France croit dans le Togo. C’est ce message que je veux porter auprès notamment des entreprises françaises », a-t-il dardé.

Une présence entourée de suspicions
Les relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique sont devenues plus secrètes, sournoises et maffieuses après les indépendances ; ce qu’on désigne par le vocable Françafrique. Et la visite d’un dirigeant français de haut niveau dans une de ses anciennes colonies est toujours entourée de suspicions plus ou moins légitimes, les populations y voyant des raisons cachées au-delà des officielles souvent avancées. Certains la comparent à une visite ou à un coup de fil d’une ancienne copine de jeunesse à son ex-ami et qui se conçoit comme une requête indirecte adressée à ce dernier...Faut-il le rappeler, la visite d’un Premier ministre au Togo remonte à des décennies, avec Michel Rocard qui était dans nos murs, et cette présence de Manuels Valls n’échappe pas à des interrogations.
Pour un dirigeant français qui, en janvier seulement, abordait la question de l’élection d’Ali Bongo à la présidence du Gabon et le disait pas élu « comme on l’entendait », c’est-à-dire pas démocratiquement, se fondre en éloges à l’endroit de Faure Gnassingbé parvenu au pouvoir dans les mêmes conditions ou même
plus pour fermer les yeux sur les élections locales et les réformes
constitutionnelles et institutionnelles de l’Accord politique global (APG) et même préparer son 4e, puis son 5e , puis...nième mandat au pouvoir.
Les observateurs avisés des « coups de main» de certains régimes africains aux présidents français pour leur réélection, et notamment des transferts de fonds, loin des yeux et des regards indiscrets, parfois dans des mallettes et/ou djembés bourré(e)s de fric comme contribution à l’effort de guerre (sic), font vite le lien avec le contexte politique en France marqué par les grandes manœuvres pour l’élection présidentielle de 2017 en France pour laquelle le président actuel François Hollande et le parti au pouvoir sont dans de beaux draps.
Pour nombre d’entre eux, la tournée ouest-africaine de Manuel Valls a des senteurs d’une « campagne de collecte de fonds ».
À certains qui pensent qu’il était là juste en émissaire pour apporter le butin (sic) à qui de droit –suivez les regards-, s’adjoignent d’autres qui glosent déjà : « Valls fait des pieds et des mains pour démontrer que Hollande est hors jeu pour les élections et il œuvre pour que les éventuels candidats de Gauche se rangent derrière lui ».
En tout cas, cet intérêt du Premier ministre français au Togo ne devrait qu’arranger Faure Gnassingbé.
Comme s’il pressentait une suspicion de sa visite, Manuel Valls a déjà anticipé et balayé d’un revers de la main les critiques de relations françafricaines :
« Il n’y a entre la France et l’Afrique francophone aucun « pré carré », mais des liens privilégiés – c’est une histoire, une langue que nous avons en partage. Ces liens sont une chance, et nous voulons les entretenir, même s’ils ne sont bien sûr pas exclusifs. Nous développons donc nos contacts avec tous les pays d’Afrique ; et je me rendrai, après Lomé, à Accra. Notre relation avec l’Afrique, c’est cet héritage ... »
.
Au demeurant, c’est bien curieux que le Premier ministre français se donne la peine de faire le déplacement de Lomé pour des inaugurations d’infrastructures socio-éducatives n’ayant rien de stratégique et que l’ambassadeur de la France au Togo aurait pu gérer.
Autre curiosité assez parlante, pour une visite dite de travail, le Premier ministre français s’est gardé de toute déclaration au sortir de son audience avec Faure Gnassingbé...
Signé: Tino Kossi


Article en page intérieure
    M.Valls, voici les changements...
    dont rêvent les Togolais!
«Il ne peut y avoir de développement sans démocratie» (François Hollande)

Lors de son déplacement au Cameroun en juillet 2015, François Hollande laissait entendre qu’«il ne peut y avoir de développement sans démocratie». La démocratie est un facteur qui est déterminant pour le développement des jeunes nations d’Afrique. Le président français rejoint ainsi les grands défenseurs de l’idéal démocratique pour qui il ne peut pas y avoir de développement sans démocratie préalable.
Pour nous autres Togolais qui n’avons connu qu’une seule famille, les Gnassingbé, pour nous qui vivons depuis un demi-siècle dans la dictature du père puis du fils, quand nous entendons parler de la France, les valeurs qui reviennent c’est la démocratie, la bonne gouvernance, la justice, l’État de droit, les libertés...etc. Ces valeurs qui nous font tant rêver ne sont qu’un leurre au Togo des Gnassingbé.
Manifestement, pour la première et probablement dernière visite de Manuel Valls au Togo, les intérêts économiques ont pris le pas sur la démocratie. Les questions des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales et de la décentralisation qui préoccupent les Togolais depuis plusieurs mois, ont été peu, et même pas du tout en public, évoquées par le Premier ministre français.
Pour Manuel Valls qui tançait, il y a quelques mois, le président gabonais Ali Bongo d’être mal élu, c’est assez étonnant qu’il se plaise à s’afficher aussi fièrement aux côtés de Faure Gnassingbé et à se laisser même aller à quelques envolées à l’endroit de son hôte.
« Le Togo change dans le bons sens (...) Comment ne pas déjà ressentir les vibrations et les transformations ? Comment ne pas voir qu’une Afrique nouvelle se dessine et se prépare ici ? Monsieur le Président, vous faites avancer ce pays avec patience, avec détermination pour qu’il rattrape le temps perdu lors des années difficiles. Et vous avez eu à cœur, et c’est comme ça que l’on reconnaît les grands dirigeants, de favoriser la réconciliation des Togolais entre eux et avec leur peuple», a-t-il déclaré.
Peut-être que l’ancien maire d’Évry fait-il allusion au fait que certaines artères de Lomé sont réhabilitées ou construites ? Comme le dit si bien Laurent Duarte, coordinateur de la campagne «Tournons la page», «100 kilomètres de routes goudronnées ne feront jamais un bilan politique ».
En tout cas, il n’y a aucun mérite après 50 ans de règne sans partage, à construire des « ruellettes » qui ne sont pas dignes de Lomé la capitale, mais plutôt de petites villes de l’intérieur.
Le changement dont rêve l’écrasante majorité des Togolais est de pouvoir manger à leur faim, de pouvoir s’éduquer, se soigner, se loger, se vêtir, de pouvoir bénéficier d’une juste et équitable répartition des ressources et richesses du pays, de pouvoir choisir librement leurs dirigeants au cours d'élections démocratiques, libres et équitables. Les gouvernants étant au service du peuple, il est légitime de les remplacer quand le peuple estime qu’ils ne remplissent plus leur mission. Mais cette possibilité n’existe pas au Togo. Et dans un pays où l’espérance moyenne de vie est de 56 ans (données de 2012), il est donc possible de naître et de mourir en n’ayant connu qu’un seul président, Gnassingbé.
Manuel Valls sait-il que dans la Communauté de l’UEMOA qui rassemble huit (8) pays francophones de la sous-région, le seul à ne pas connaitre l’alternance politique depuis 50 ans est le Togo ? Sait-il que le Togo est le seul pays à ne pas avoir une limitation du mandat présidentiel? Sait-il que le Togo demeure le seul pays dans la sous-région à ne pas avoir une élection présidentielle à deux tours ? Sait-il que le Togo est le seul dans la sous-région à ne pas réaliser la décentralisation de ses institutions locales ?
Voilà les changements que nous voulons. Pour ce qui est des routes, elles viendront d’elles-mêmes...

Signé: Médard AMÉTÉPÉ

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