vendredi 20 novembre 2015

LA COP 21 DE PARIS FAIT SES CINQ PREMIÈRES VICTIMES À MANGO(TOGO)



Comment le Togo mystifie le monde occidental, l'Europe et la France...
50 des 55 pays d’Afrique font partie des pays les plus vulnérables au réchauffement climatique. Et pourtant ils n'émettent que 4,55 % de gaz à effet de serre du monde.
L’Afrique a choisi, ou plutôt n’a pas choisi, d’assurer son développement sélectif, c’est-à-dire ne pas laisser de côté les catégories les plus faibles et les plus pauvres de sa population en ne prenant aucun compte des conséquences du réchauffement et des dérèglements climatiques dont ces catégories sont les victimes tout désignées. Est-il encore possible aujourd'hui de traiter séparément la pauvreté, les migrations et les formes de corruption ou d’expropriation des populations sous le couvert de la création, la protection ou l’extension de zones protégées pour les animaux ?
C'est pourtant exactement ce que le gouvernement togolais a choisi de faire en ce moment dans le Nord du pays, à Mango. Après avoir abandonné son Parc national depuis 30 ans, le gouvernement togolais vient de décider brusquement de le réhabiliter en vue de faire bonne figure à Paris lors de la COP21.
L’objectif recherché par Faure Gnassingbé, qui ne se soucie guère de l'environnement de son pays, est de passer pour un climato-actif ou un climato-optimiste puisque les médias français « dénonceraient » les climato-sceptiques qui craignent du coup les sanctions de la part de leur « tuteur économique ».
Ce genre de bluff a déjà fonctionné concernant le Mali où il a envoyé quelques soldats togolais en soutien à la France dans sa guerre contre les « barbus » en échange d'un silence coupable de la France sur les élections présidentielles de 2015 purement et simplement volées ! Les autorités officielles françaises vont-elles encore se faire rouler dans la farine de maïs lors de la COP 21, comme ils l'ont été lors du conflit du Mali ? Aussi, je les ai invitées à aller regarder sur les réseaux sociaux les photos insoutenables des massacres de Mango où le zèle du système Faure Gnassingbé pour protéger la faune est inversement proportionnel à son souci d’améliorer le bien-être des populations...
Pourtant les populations, qui ont toujours vécu en harmonie avec leur environnement qu'elles vénèrent(forêts et rivières sacrées, animaux-totem à protéger, espaces interdits...etc.), ont pris de nombreuses initiatives de protection et de développement durable. Wangari Muta Maathai, une femme africaine militante du Kenya à qui a été attribué le prix Nobel, en est un exemple vivifiant, elle qui a consacré sa vie à sauver son environnement en plantant et en faisant planter des millions d'arbres… Autour de Mango, les Wangari Muta Maathai sont légion.
En réalité, les efforts pour protéger l’environnement passent par une régulation du foncier en Afrique, notamment la lutte contre l’accaparement des terres en communauté de biens par des multinationales sans vergogne et par un Etat comprador dont les élites arrivistes témoignent d’une arrogance indescriptible vis-à-vis des « gens simples » en envoyant des militaires-miliciens tirer sur toute forme de volonté de défendre un espace vital pour des villages entiers. Sur ce terrain, ce sont des expropriations sans compensations que subissent les populations sur le terrain, que ce soit pour faire des routes ou pour protéger la faune comme à Mango au Nord du Togo où il y a eu au moins 5 morts, 55 blessés et 2 disparus. Le problème de fond reste celui de l’accaparement de 179 000 ha de terres de 38 villages forcés par le Gouvernement à être déplacés, sans même savoir où aller.
Mais l’argument fallacieux utilisé par celui qui dirige le Togo, Faure Gnassingbé, ne devrait pas tromper cette fois-ci le Président français, François Hollande. En effet, l’Etat togolais, sans aucune information préalable des populations concernées, décide la réhabilitation manu-militari de la faune (zones dites protégées) autour de la ville de Mango au Nord du Togo où habitent les populations les plus pauvres du pays et sans défense, en éprouvant un besoin urgent d’annoncer à la COP 21 l’augmentation importante mais non planifiée et sans cohérence des aires protégées au Togo afin d’y faire bonne figure, en ignorant qu'il est essentiel de respecter l’humain d’abord, l’environnement suivra naturellement.
Le Gouvernement togolais tente donc de faire croire que les populations autochtones de Mango s’opposent à la mise en place de la protection de la « faune ». Encore lui faut-il, après les élections usurpées de 2015, reconnaître que les prédateurs ne peuvent être les populations qui vivent en symbiose avec leur faune, leur forêt ou leur savane dont ils tirent tout et qu’ils vénèrent …
Si les dirigeants africains pouvaient protéger et respecter d’abord les « humains » en acceptant l’autodétermination et l’alternance politiques, les 70 % des Africains vivant en zone rurale et les plus touchés par le réchauffement climatique auraient enfin la chance de choisir leurs représentants pour les défendre à la prochaine COP 22 qui gagnerait à être organisée en Afrique, peut-être là où il fait le plus chaud…

Éléphants blancs ou éléphants des Blancs ?
Environ 85 % de la population mondiale ont accès à l’énergie électrique. Mais plus de 65 % des Africains au sud du Sahara n’y ont pas accès(plus de 70 % au Togo). Sous la gestion dynastique de systèmes politiques clientélistes, comme on le voit au Burundi, au Cameroun, au Congo, en République Démocratique du Congo, en Guinée Equatoriale, au Tchad, au Togo... etc. (pour ne citer que ces pays), les nantis qui ont accès à l’énergie en Afrique n'imaginent pas le niveau de dépenses qu'ils imposent aux autres, la très grande masse, engagées dans la recherche de solutions alternatives(polluantes, et destructrices des forêts) ! De toute sa production d'énergie électrique, l'Afrique n'a pu comptabiliser seulement que 0,7% d’énergie renouvelable en 2012, contre 55% pour le charbon ! Quelle mouche a-t-elle donc piqué les dirigeants africains pour les « obliger » à « botter en touche » l’énergie gratuite qu’est l'énergie solaire ?
Et pourtant, sous le couvert « d'intérêts communs bien compris », les dirigeants africains viendront à Paris recommander la réalisation de projets grandioses, ces fameux éléphants blancs( les Africains disent éléphants des Blancs!), dont la population ne tire aucune amélioration de sa vie quotidienne, mais qui, par ces systèmes de ristournes, enrichissent toujours davantage Noirs et Blancs, corrompus et corrupteurs déguisés en agents du développement accéléré et de réducteurs de la pauvreté ! Il en a toujours été ainsi des nombreux projets énergétiques devenus de vrais « faux- projets» transposés par des Français tels Borloo qui s'entiche subitement de ces pauvres Africains ou bien des Chinois qui, pour construire leurs projets d'infrastructures, font tout venir de Chine, y compris leur main-d'oeuvre !

Les dirigeants africains face au réchauffement climatique
Alors, le réveil tardif des dirigeants africains pour prendre au sérieux l’écologie et la préservation de l’environnement devrait faire sourire, pour ne pas en pleurer. En effet, lorsque pendant plus de 50 ans de gouvernement « souverain », on n'a pas été capable de placer les intérêts des populations en tête des priorités, il est difficile de faire croire qu'on vient faire à Paris des propositions en faveur des peuples africains.
En réalité, seules les annonces de « compensations » pécuniaires font bouger un grand nombre de dirigeants africains. C'est la raison pour laquelle François Hollande, l’organisateur en chef de la Conférence des parties(COP 21 de Paris) ne doit pas se méprendre sur le sérieux de « l’engagement » de dirigeants africains, pour la plupart, illégitimes aux yeux mêmes de leurs peuples. Ce qu'ils espèrent avant tout, c'est des compensations « sonnantes et trébuchantes » ou bien en terme de postes pour recycler ceux qui ne décolèrent pas de n'avoir pas eu le loisir de changer leur constitution pour s’éterniser au pouvoir...
Ils sont incapables de comprendre pourquoi, d'une année sur l'autre, les pluies ne viennent plus en leur temps, pourquoi elles durent moins longtemps, et pourquoi la productivité des récoltes baisse, éloignant un peu plus l'objectif de l’autosuffisance alimentaire... Mais qu’importe ! Aux yeux des dirigeants africains, l'important est ailleurs : continuer à vivre dans des espaces climatisés dans leurs palais comme dans leurs voitures, leurs garages, leurs toilettes... Et ils ne consomment, pour la grande majorité, que les produits d'importation… aidés en cela, pour ce qui concerne les pays francophones, par un Franc dit de la Communauté Financière Africaine (ex-Franc des colonies françaises d’Afrique) qui leur impose, bien sûr, de préférer les produits français aux produits locaux…



Quand l'offre extérieure prend le pas sur la demande intérieure des Africains
Ils ont beau n'être qu'égocentriques, tous les dirigeants du monde savent que sans énergie, il n’y a pas de vie, encore moins de développement ou de mieux-être. Alors, le retard énergétique de l'Afrique ne ferait-il pas partie intégrale de la stratégie postcoloniale de démultiplication et d'approfondissement du retard généralisé de l’Afrique avec le maintien de dirigeants autocrates et parfois, sinon souvent, incompétents, ce qui fait l'affaire de ceux qui les tiennent en laisse ?
Avec l’entrée tonitruante de la Chine sur la scène africaine, le développement des infrastructures en Afrique est devenu une priorité africaine, souvent sans aucun souci ni pour l’environnement, ni pour les populations expropriées, chassées, déplacées sans concertation et sans indemnisation. De plus, cette soif d’infrastructures s'assouvit sans aucune cohérence, puisque plus de 75 % des routes de proximité sont négligées. Les dirigeants préfèrent se concentrer sur les grands projets d’infrastructure où la corruption peut s’opérer en toute impunité et avec des doubles contrats, l’un officiel sous-estimé, l’autre informel et surestimé. Mais là encore, l’apanage de la corruption n’est pas africain, ce d’autant que l’Afrique est une terre de liberté pour les désormais très nombreux opérateurs chinois indépendants de l’Etat chinois. Alors, n'est-il pas temps de faire un choix entre prioriser les infrastructures aux dépens des populations spoliées au niveau du foncier et de l’environnement et opter pour des infrastructures dont les populations ont besoin ? Ne faut-il pas déclarer que la priorité des priorités, c'est l'énergie électrique : construction de centrales, infrastructures transport et de distribution ?
C’est pourtant le choix stratégique de l’alignement sur les « offres » occidentales qui prévaut dans la tête de nombreux dirigeants africains. Face à la sous-performance logistique des quelques infrastructures routières réussies et en référence aux coupures intempestives du réseau wifi, du réseau électrique, de l'alimentation en eau potable, de l'assainissement... l’Afrique au sud du Sahara -et plus particulièrement l’Afrique francophone- reste la championne de l’hypocrisie dans l’engagement des efforts réels, nécessaires et concertés avec les populations pour la réduction du réchauffement climatique.
C'est pourquoi il y a quelque chose d'obscène chez Faure Gnassingbé lorsqu'il tente d’opposer l’urgence de faire des efforts en matière d’environnement au besoin d’investir dans l’énergie…



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