samedi 17 mars 2012

L'AFRIQUE ET SES DIASPORAS: QUELLES RESPONSABILITÉS?


Selon le petit Larousse, la DIASPORA est «l'ensemble des membres d'un peuple dispersés à travers le monde mais restant en relation»

Alors, les centaines de millions d'Africains dispersés à travers le monde constituent-ils une diaspora? A mon avis, la réponse est clairement non! En effet les émigrés africains ne cultivent entre eux aucune relation au sens diasporique du terme. Donc avant même de parler du rôle en Afrique des émigrés africains ailleurs dans le monde, c'est-à-dire tous ceux qui devraient constituer la DIASPORA, encore faut-il déjà définir ce qui peut nous mettre en relation les uns avec les autres, là où nous sommes. Qu'est-ce qui peut bien nous unir et quels objectifs devons-nous nous fixer dans les pays d'accueil d'abord, autour des intérêts de notre continent, ensuite?

A mon sens quatre grands axes de travail:

1- Cultiver la mémoire des peuples noirs pour démontrer et justifier, à la face du monde et sans ambiguïté, la légitimité de notre présence partout sur le globe: esclavage, force de travail pour le développement de tous les pays de tous les continents, participation à toutes les guerres entre tous les peuples, en tous lieux et à toutes époques de l'histoire de l'humanité, rayonnement sans équivoque de notre culture sur tous les continents...La lutte contre le racisme et pour notre dignité commence à l'étranger, là où nous vivons...

2- Prendre réellement conscience de notre responsabilité historique dans l'Histoire de l'Afrique moderne en gestation. Dans le cadre du vaste mouvement de la mondialisation, il est devenu coutumier de décrire le monde comme un village, le village global, qui aurait pour laboratoire de recherche, l’Inde; la Chine pour atelier; l’Amérique pour caserne de gendarmerie et de pompiers; l’Europe pour centre social et l’Afrique pour cimetière. L'Histoire ne nous pardonnerait jamais d'avoir pris conscience de cela et d'avoir laissé faire!

3- Nous organiser réellement, comme l'ont fait avant nous la dispora isaélienne, la diaspora chinoise ou la diaspora indienne sur les trois plans que je considère comme incontournables:
  • sur le plan social: afin de venir en aide à tous les Africains en difficulté à l'étranger, ce qui peut nécessiter la création d'une caisse de solidarité ou tout autre moyen; faciliter le retour sur le continent de nos cadres formés pour participer à la construction et au développement de l'Afrique
  • sur le plan économique: Cela est indispensable si nous voulons coordonner nos actions et nos projets d'investissement pour céer la synergie nécessaire pour accroître notre poids économique dans nos pays respectifs. Des projets importants comme la création d'un «Fonds mondial de la diaspora» pour mettre en place des crédits d'investissement ou comme la naissance d'un «Réseau d'experts» pour réfléchir à des stratégies de développement...peuvent et doivent rapidement voir le jour.
  • sur le plan politique: afin d'exister pour peser de tout notre poids sur les décisions qui concernent les citoyens africains en Afrique; afin de conquérir le droit de vote et le droit d'éligibilité pour enfin imposer l'élection de nos représentants dans tous les Parlements nationaux et obtenir une représentation par un «Commissaire» au sein de l'Union Africaine

4- Prendre conscience que les émigrés africains constituent désormais une force incontournable dans les «jeux, économique, du développement ou politique» au niveau de l'Union Africaine pour au moins trois raisons:
  • son poids démographique et ses ressources humaines : la diaspora est considérée comme la « 6ème région » africaine. Selon les estimations, la diaspora africaine se répartit de la façon suivante selon les régions : 40 millions de personnes en Amérique du Nord ; 113 millions en Amérique latine ; 14 millions dans les Caraïbes et 4 millions en Europe. Elle compte donc environ 171 millions d'individus: le pays le plus peuplé d'Afrique! On y dénombre des centaines de milliers de cadres supérieurs «prêts à l'emploi», mais aussi de nombreux talents, d'experts, de spécialistes de tous ordres, d'artistes pour faire rayonner encore davantage les cultures de notre contient... etc.
  • son poids économique: elle contribue de manière déterminante, par un apport financier qui dépasse l'aide au développement, à la subsistance des Africains restés en Afrique. Les envois de fonds enregistrés vers les pays d’Afrique subsaharienne s’élèvent à environ 40 milliards de dollars par an. Un exemple concret: les seuls immigrés Maliens de France versent au Mali le double de toute l'aide extérieure consentie au Mali par les puissants...
  • son engagement politique par solidarité patriotique et par amour de son continent d'origine ainsi que son poids médiatique.
En conclusion, malgré ses convulsions, ses violences, ses échecs politiques, son fiasco sanitaire, son absence dans les grandes négociations internationales, son insignifiance dans le commerce international, son endémique pauvreté, ou plutôt à cause de tout cela, l'Afrique impose à sa DIASPORA le devoir historique d'intervention dans les affaires de notre continent dont l'organisation sous la forme des «ÉTATS UNIS D'AFRIQUE» sera la première illustration de notre combat pour notre unité et notre dignité.
Sans attendre l'avènement de cette renaissance, les diasporas africaines doivent se donner un premier objectif impératif qu'est l'instruction et la formation de la jeunesse africaine, aujourd'hui analphabète à 50% ou 70%. Pour cela les diasporas doivent se mobiliser pour atteindre à l'horizon 2017 (5 ans):
  • 100% d'une classe d'âge au niveau de la fin des études primaires
  • 50% d'une classe d'âge au niveau de la fin des études du collège
  • 30% d'une classe d'âge au niveau de la fin des études du lycée
Nous pouvons le faire si les diasporas prennent conscience qu'il ne peut y avoir de développement sans formation des citoyens.

Le deuxième objectif impératif à atteindre est la mise en place d'une politique de maintien en Afrique des cerveaux africains. La fuite des cerveaux vers les pays occidentaux est une saignée de plus en plus insupportable à l'Afrique. Malgré les accords de Schengen, malgré les lois nationales qui repoussent les émigrants africains, l'Europe continue à gémir devant la pression que l'immigration ferait peser sur son économie, sa sécurité sociale, ses logements... en ignorant que ce flux d'immigrés est bien plus dramatique pour les pays fournisseurs que pour elle. Il m'a été dit que dans Paris intra muros, on compte plus de médecins togolais que de médecins dans tout le Togo! Ce n'est qu'un exemple pour illustrer le drame que vit l'Afrique en matière d'émigration. À cette fuite des cerveaux, il convient d'ajouter la fuite des muscles: en effet, où sont nos sportifs les plus talentueux?

C'est un devoir de la diaspora de prendre conscience de cette perte sèche et d'essayer d'y trouver une réponse.

Mais la première obligation est celle des gouvernements africains d'offrir à leurs concitoyens les conditions matérielles, politiques et économiques susceptibles de les retenir sur le continent et mettre ainsi fin à la fuite des cerveaux.

Leur deuxième obligation est de créer les «environnements favorables» à la participation de leurs diasporas: on sait que plusieurs pays n'ont toujours pas «octroyé», par exemple, le droit de vote à leurs concitoyens expatriés qui n'ont donc le droit de vote ni dans leur pays d'accueil, ni dans leur pays d'origine! Tant et si bien qu'ils deviennent des vrais «citoyens-chauves-souris»: ni tout à fait oiseaux, ni tout à fait souris! Que chacun prenne ses responsabilités: les dirigeants africains d'un côté, la diaspora l'autre.

Pour ce qui nous concerne, nous diaspora, nous avons travaillé depuis déjà plusieurs années sur le dossier de l'éducation et de la formation.

Mais nous travaillons aussi sur bien d'autres projets concernant les transferts de technologies dans des domaines aussi divers que l'agriculture, l'assainissement, l'eau potable, l'énergie, les nouvelles technologies ou la santé.

J'appelle tous les Africains exilés à travers le monde et qui ont conscience de leur responsabilité dans le développement de notre continent; tous les volontaires, d'où qu'ils viennent, qui souhaitent participer à l'éveil de l'Afrique, à manifester leur intérêt auprès de www.sursauttogo.org en s'y inscrivant ou en s'y abonnant pour qu'ensemble, nous mettions sur pied les projets qui construiront l'Afrique de demain.

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